A Calais, tout est différent

Publié le par zetkin

Tu pensais y mettre juste les mains et te voilà aussitôt immergé jusqu'au cou. Pas facile de s'extraire sans dommage tant il est insupportable de toucher la plaie et ne pas savoir comment la colmater. ou simplement l'ignorer.

La destruction de la jungle a été le summum irréel du déni de réalité. "Regardez comment on réprime des gens qui ont sauvé leur peau!"
Regarder était déjà si difficile. Aucune route politique n'était ouverte devant nous.

Et maintenant les gens se plaignent de ne plus voir les réfugiés. Les jeunes afghans et leur brouette métallique remplie de victuailles élémentaires, et déambulant sur la chaussée en chantant. Les érythréens dans les cafés de Calais nord. Cette masse compacte et sombre sur le terrain du repas, agglutinée autour d'une camionnette.

Je me souviens qu'en passant en bus devant le BCMO, tout le monde a regardé avec un mélange d'effroi et de surprise la longue ribambelle de réfugiés qui attendaient, derrière un rideau de pluie, l'heure du repas sous le "préau" du bâtiment.

J'ai souri. C'était comme une victoire. J'étais fière des réfugiés, fière qu'ils soient revenus se battre contre cette frontière.

J'aime bien les humains. Ils repoussent partout où on croit les avoir éradiqués.
Si je devais croire en Dieu, c'est en l'humain que je croirais.

Nous ne sommes pas nombreux. Mais nous sommes tous les représentants d'une conscience collective de base.

Les pétainistes rappellent que nous n'étions pas non plus nombreux à résister en France durant l'occupation.

Mais la Libération a démontré au contraire que nous étions très nombreux à fêter la fin du pétainisme.

Tout le monde n'est pas prêt à prendre les armes. On délègue la lutte à des combattants.

Irruption des no border

A Calais, aucun groupe anar n'est constitué. Les deux composantes historiques, la haute bourgeoisie issue du commerce et un sous-prolétariat, n'aident pas à la constitution de tels mouvements politiques. Il a fallu l'assemblage hétéroclite de l'extrême-droite jusqu'au PS, les alliés du capitalisme en fait, pour défaire la vieille municipalité communiste.

L'absence d'organisation réfugiée de luttes, doublée d'une prise du pouvoir médiatique des associations humanitaires ont permis à tout le monde de se défausser.

Comme si ce n'était qu'un problème ou humanitaire, ou de lutte contre des réseaux maffieux.

No border a donc été le bienvenu. "C'est un problème européen:" nous claironnaient-ils sans arrêt.
Eh bien, ce sont des européens qui viennent tenter d'y apporter leur solution.

Sûre que jamais nous ne serons invités à la table des Besson et autres calamités de l'humanité. Ils ne reçoivent que les humanitaires s'ils promettent de ne pas remettre en cause leur politique "de merde" comme l'aurait qualifiée le copain à la tête de l'employé d'Etat.

Des voeux contradictoires: à chacun sa croix


Le petit rigolo et sa bande d'affreux jojos en ont été pour leurs frais. La paranoïa atteint des sommets étatiques insoupçonnés tant ils attendent qu'on se mette à faire des actes dignes des Conti. Ils ont tout prévu: la destruction de nos droits et la répression à la clé. Ils s'étonnent même qu'on n'en fasse pas plus.

Et voilà qu'ils se mettent à organiser des interdictions de manifester. Même marcher sur un trottoir.

Gavory nous fabrique sa petite dictature. Espagnol avait au moins la décence de venir nous affronter.

Gavory se contente de soigner l'emballage et de jurer qu'il n'y est pour rien dans rien.
C'est avec cette idée fondamentale du "J'ai rien fait!" que le pétainisme a fonctionné. De l'agent de police à Sarkozy, ils ont tous participé. Ils font partie de la chaîne des obéissants.

Empétrés jusqu'au cou, les humanitaires naviguent à vue, reprochant aux politiques de ne rien faire mais s'adressant invariablement à une certaine catégorie de politiques pour résoudre leur problème qui n'est certainement pas le nôtre.

La mairie monnaie ses miettes quand elles servent à humilier encore davantage les réfugiés et castrer les défenseurs.
Les défenseurs en oublient l'origine politique de leur bienfaitrice d'occasion.

Mais ne se gènent pas pour s'occuper de l'Etat.

 L'Etat, de son côté, caresse les cathos au cas où leurs ouailles se mettraient à faire autre chose qu'à prier en cercle.

Cela peut se révéler très méchant des cathos indignés. Il a raison Gavory. Il a raison de se méfier d'eux et de les laisser entrer dans son home. J'ai lu hier la progression des idées catholiques sur un site où on raconte autant des histoires de messes que des histoires sur les réfugiés.
J'y ai trouvé un appel à peine masqué à devenir des "passeurs". Encore une année d'indignité, et ce sont les curés qui vont organiser les passages, mais promis juré, ce sera gratuit. Dieu les aidera.

Donc Gavory a eu raison de les recevoir. Mais je lui conseille de faire attention à ses promesses. Les représailles ne manqueraient pas. Les saints innocents, c'est bon pour l'Etat Sarkozy mais ça ne dure pas longtemps surtout pour un Etat aussi démonstrativement pourri de la racine à la cime.


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