les visions ambigües du porte parole salam

Publié le par zetkin

Le hangar avait fait déplacer depuis le samedi après-midi, deux personnes estampillées Calais TV. Lorsque la PAF a commencé à faire son cirque pour convaincre les gens de se rendre à la distribution plutôt qu'au hangar, les deux "journalistes" filmaient leurs interventions bavardes dans la rue de Moscou. Je m'étais approchée parce que moi, j'effectuais le travail inverse des policiers. Le jeune caméraman continua de filmer tandis que son second plus âgé, d'allure militaire, le poil court et grisaillant, regardait la scène devant lui. "Qu'est-ce qu'ils disent les policiers?" répèterais-je deux fois à l'oreille du type qui ne cilla pas du regard, fit comme si je n'existais pas. J'ai du m'approcher de bénévoles pour apprendre les paroles des policiers en direction des réfugiés.

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Plus tard dans la soirée, P. me dira que ce type était un photographe de la police, que ce renseignement provenait d'une autre bénévole. Un brassard d'une couleur fluo ornait son bras. Dessus y aurait été écrit "PRESSE POLICE". Je l'ai donc crue, vue sa façon d'être opposé à ma présence alors que le caméraman avait été beaucoup plus sympathique, ou au moins pas du tout réfractaire. Je me posais quand même la question de savoir ce que fichait un photographe de police avec un caméraman de CALAIS TV.

 

(Ajout: ce vendredi 19 février, M. Miellot aurait dit qu'il n'était pas photographe de la police à l'un des "activistes". Rosa m'a confirmé que le brassard en question ne portait pas l'indication du mot police. Mais alors quels mots? "Calais TV" peut-il être confondu visuellement avec le mot "police"? On peut imaginer sans peine que M. Miellot ne soit pas payé par la police et surtout qu'il l'affiche clairement devant des militants aux abois, si tel avait été le cas. Mais autre mystère: comment M. Miellot a-t-il su que nous lui avions supposé une fonction dans la police?)

 

Le lendemain dimanche après-midi, ordre avait été donné de ne pas transmettre d'aliments aux insurgés. J'avais repéré l'arrivée de la si gentille journaliste Calais TV, la sauveuse des Salam et la compatissante des réfugiés. Je lui proposais de prendre à manger pour les militants et les réfugiés, sous le couvert de sa carte de presse.

Mais madame me rétorqua avec le courage nécessaire vue la situation: "Je suis journaliste. Je ne suis pas militante."

 

Donc refus. Même en lui indiquant de quelle manière elle pouvait effectuer le transport. Ouf, on n'était pas encore en dictature, ni même sous Vichy. Il faudra éviter de lui poser des questions de cet ordre si jamais on y arrive.

 

Hors, jeudi ou vendredi, la même journaliste est venue dans notre hangar. Mais en tant que quoi? Journaliste ou militante?

 

En visionnant Calais TV interrogeant Jean-Claude Lenoir, j'ai vu la tronche de Franck Miellot, et je pense que ce monsieur est bien celui qui était muet, samedi. Muet en tant que quoi, lui aussi? De droite ou salarié de Bouchart?

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Calais TV, vendredi 12 février 2010

 

Rappel des positions de certains transmis par journaux:


"Nord Littoral", mardi 9 février 2010:

 

(extraits)  « Ce qui s'est passé a eu des répercussions sur les migrants. On ne peut pas mener une action sans penser aux conséquences », dit Jean-Pierre Leclerq, président de Salam. Pour Valentin, des No-Borders, l'action a eu un impact sur les associations : « Elle les a amenées à avoir une réflexion politique, mais peut-être qu'il est trop tôt pour s'en rendre compte »

De son côté, Jean-Claude Lenoir, a affirmé avoir « apprécié l'action des No-Borders. Ils ont eu le mérite de médiatiser au niveau national la situation que nous vivons quotidiennement. » Le vice-président de l'association Salam n'a, par ailleurs, pas exclu l'idée de coopérer avec les No-Borders pour des actions, « à condition que celles-ci soient claires et définies dans un règlement. Nous pourrions peut-être ainsi, après discussions, présenter un projet d'ouverture du BCMO jusque fin mars. Nous partagerions alors la gestion du bâtiment. Mais il faut encore réfléchir à ce projet, le clarifier. »

Valentin: « Nous, les No-Borders, avons déjà passé des nuits avec les migrants. Nous ne sommes pas contre le fait de nous rapprocher des autres associations, mais nous voulons aussi faire d'autres actions, histoire de sortir de l'ordinaire ».

 

Un peu plus tard: changement de discours devant la télé de Mme Bouchart et de M. Blet...

 

 

Après une présentation de jc Lenoir comme porte parole de Salam et le rappel du long travail de sillonnage des rues de calais nord, durant 8 ans, Franck Miellot, de Calais TV, aborde l'histoire du hangar par «  des affrontements, des Crs, des cris, de la provocation... on ne sait plus trop comment qualifier ce qui s'est produit. Quelle est votre vision des choses et votre sentiment après ces 24h de tension dans calais nord? »

 

En quoi c'est bon l'action du hangar

 

JC Lenoir: « Ben disons que...on est très partagé parce que d'une part je pense qu'une association comme les No Border ont le mérite de faire une action qui a montré du doigt l'actualité qui a montré contrairement à ce qu'avait pu dire monsieur Besson comme avait pu le faire monsieur sarkozy comme avaient pu le faire monsieur Hortefeux, monsieur de Villepin , les successeurs, les successifs ministres de l'intérieur... il y a un échec retentissant des politiques suivies et aujourd'hui le problème n'est pas réglé donc à ce niveau là on ne peut être que favorable à ce qui s'est passé et le fait qu'on ait dénoncé des conditions tellement de précarité et de difficultés, l'acharnement policier, le harcèlement quotidien que vivent les migrants sur Calais notamment

 

F. M.: « Et toujours montrer qu'il y avait des migrants à calais? »

 

JC Lenoir: « Voilà, c'est ça. »

 

F. M.: « Contrairement à ce que le discours officiel ou prétendu officiel... »

 

JC Lenoir: « Voilà »

 

F. M.: « ...qui cherche à faire passer comme idée ou comme discours... »

 

C'est bon pace que ça montre les réfugiés à Calais

 

JC Lenoir: « C'est important parce qu'aujourd'hui, après le démantèlement de la jungle, tout était réglé. On sait très bien que ce fameux démantèlement de la jungle avait été une fumisterie. On les avait prévenus trois semaines à l'avance, tant mieux pour eux. On sait très bien que 300 ou 400 sont passés par miracle en Angleterre en 8 jours, etc. On sait très bien aujourd'hui qu'ils sont entre 200 au repas, 300 en week-end, qu'ils sont 400 sur le Calaisis qu'ils sont très nombreux sur le Dunkerquois, ils n'ont jamais été aussi nombreux etc. On sait très bien que les gens continuent à affluer ne serait-ce que parce que la guerre, elle est de plus en plus intense. On voit les français, les militaires français mourir en Afghanistan chaque semaine. On sait très bien que le flux va continuer. Donc ça a le mérite de mettre en avant, de montrer du doigt que le problème est loin d'être réglé. Après on peut avoir des idées différentes sur le mode de fonctionnement, sur les interventions, . Sur le choix de ce hangar placé en plein centre de calais nord, à proximité du BCMO où les gens dorment, à proximité de l'endroit de la distribution des repas, etc. on peut avoir des idées qui divergent à la fois sur la méthode et sur la logistique... bon ça c'est le propre de chaque association de mûrir différemment leur projet.

 

F. M.: « Quel est le rapport qu'a l'association salam avec les no border? Est-ce que vous avez des rapports tout d'abord, des contacts? »

 

Les No Border veulent être seuls pour être libres

 

JC Lenoir: « Nous, on a très peu de contact. Alors, on connaît des gens, des gens en particulier, des gens qui sont chez les no border qu'on rencontre en tant qu'être humain, qu'individu sur le terrain. Mais ils n'ont pas une démarche au quotidien d'aide... je pense... pour certains d'ailleurs l'humanitaire n'est pas à faire... C'est seulement un combat politique... On peut comprendre, c'est une façon de voir les choses... Donc on a pas une occasion, nous Salam de les rencontrer ou très régulièrement au point de vue associatif, ne serait-ce aussi parce qu'ils veulent faire des coups de poing, entre guillemets médiatiques, et pourquoi pas... et donc, ils veulent être... à mon avis... seuls... et puis en pas être enfermés dans des rails pour faire ces actions justement.

 

F. M.: « Est-ce que justement ils ne se limitent pas à la communication? Parce que comme vous le disiez ils ne font pas dans l'humanitaire. Bon il y a quelques migrants qui ont pu passer la nuit de samedi à dimanche dans ce hangar qui n'était pas du tout prévu pour...heu... un peu forcés et contraints, j'imagine...

 

Salam, sur (presque) tous les fronts mais contraints


JC Lenoir: « Je crois qu'ils n'ont pas une finalité dans le long terme de l'humanitaire. Je crois qu'ils leur arrivent de faire des actions humanitaires en aidant les migrants, en les hébergeant provisoirement etc. Nous, on est une association, en l'occurrence Salam, qui depuis 8 ans, sur le terrain, notamment pour les migrants, et donc on a voulu privilégier le travail sur le long terme. On a différencié nos actions politiques... pour lesquelles on a par ailleurs pas suffisamment de temps... et par exemple quand il y a eu les fameux charters, les retours, on a pendant 20 jours manifester chaque soir, on a les engagements politiques. On essaie d'alerter les hommes politiques qui, pour être honnêtes, répondent très peu qu'ils soient de gauche ou de droite d'ailleurs, ce qui montre bien que le problème est compliqué. Et puis on a notre volonté d'être présents au quotidien, sur le terrain pour les repas, pour les habits, pour les demandes d'asile et ça nous oblige à avoir une vue un peu différente que peuvent apparemment avoir des associations comme les No Border puisque nous on est contraint, je vais vous donner une exemple, quand on ouvre la salle du BCMO en accord avec la municipalité de Calais, on s'engage à assurer une surveillance avec un règlement strict. On a un engagement et nous, on veut le respecter et donc on est obligé d'y laisser du temps, de fonctionner d'une certaine façon, pour que les migrants à l'exemple d'hier soir, le plan grand froid a été réouvert, et bien, il fallait répondre et on a bien vu que peu de militants toute association confondue était présente pour répondre à cet appel et pourtant on avait pleuré pour avoir la salle, notamment ce fameux week-end, là, la salle était ouverte, on voyait bien que les gens ne répondaient pas aussi présents. Alors, c'est vrai qu'ils étaient peut être repartis chez eux, dans d'autres villes, ailleurs, occupés, une vie familiale, une vie associative, une vie privée... heu... on ne le conteste pas, on le respecte bien évidemment... chacun est libre... sauf que nous, on a fait le choix au niveau de l'association de répondre présents sur des actions comme l'hébergement par grand froid, comme les repas du soir, comme les demandes d'asile et on s'y plie. On a un bénévole qui s'occupe des plannings, c'est une lourde tâche et donc...heu... c'est comme le travail, on s'y engage et on y va parfois contraints et forcés parce que c'est un engagement. »

 

F.M.: « Est-ce que la manifestation des no border, enfin les manifestations, ce qui s'est passé...ce week-end, ça ne... sur le fond... ça ne, entre guillemets, ça ne vous gène pas... parce que vous avez réussi à trouver un consensus avec les élus, aussi avec la population, qui vous apportent des vêtements, qui vous apportent des vivres, qui vous apportent de quoi aider les migrants, est-ce que ça ne va pas à contre-courant ce qui s'est passé pendant le week-end?

 

 Les réfugiés, on les aime bien mais loin


JC Lenoir: « Je crois sincèrement que, d'abord grâce aux médias et puis c'est l' occasion de vous remercier vous, mais vos collègues, je pense que grâce au travail qui est fait par les médias la situation est claire et que les gens différencient les actions ponctuelles, qui ont le mérite d'exister, avec le travail à long terme où on essaye, et parfois les gens sont choqués par ce que je vais dire, on essaye de limiter la gène occasionnée aux riverains et aux habitants de calais... heu... Notre association comme les autres, nous aidons les migrants, donc, on n'a pas de honte d'affirmer qu'on les aide mais moi, je peux très bien comprendre que 300 personnes chaque soir devant son... sa porte... peut être considéré comme une certaine nuisance. Je le reconnais, je l'assume. Et donc... je crois qu'on a besoin justement de réfléchir à ce qu'on fait pour disperser un peu les lieux d'accueil, de nourriture, de douches, d'hébergement, pour qu'une population ne soit pas confrontée du matin au soir à un trop grand nombre de personnes. Les gens ont des soucis, les migrants eux-mêmes...heu... parfois, ils doivent transporter leurs couvertures etc. il faut reconnaître que c'est une gène pour la population locale.

 

La maire Bouchart est obsédée mais a raison de nous montrer les limites de

 

Non pas que la population locale soit raciste, ou quoi que ce soit, la population est vraiment attentive, et puis généreuse avec les migrants... mais c'est vrai aussi que les gens ont envie d'avoir une tranquillité, et donc il faut tout ça il faut le mesurer avec beaucoup de doigté, entre guillemets, il faut éviter, je ne parle pas forcément pour les élections, il faut éviter tout ce qui peut ressembler à une provocation et qui pourrait envenimer cette situation qui est quand même très fragile. En fait, on sent bien que c'est un équilibre très fragile. Et je crois que Mme Bouchart, et bien, elle est un peu, entre guillemets, sans que ce soit péjoratif, obsédée par cet équilibre mais je pense qu'en tant que maire d'une grande commune, elle a aussi raison d'entendre de nous montrer les limites de... heu... et à nous après on essaye de discuter, on essaye de partager... heu... c'est très compliqué mais il faut être très prudent... c'est un sujet sur lequel il faut être très prudent. »

 

F. M.: « Qu'est-ce que vous pensez de l'idée des no border d'ouvrir un lieu d'accueil de jour, d'après ce qu'ils avaient fait savoir aux habitants du quartier, c'était un lieu d'accueil, de discussions, d'échanges... heu... est-ce que l'idée pourrait vous séduire? On aurait pu peut être aussi laisser ouvert le BCMO dans la journée? »

 

Salam obsédé par la présence de grands groupes

 

JC Lenoir: « Moi, je reviens sur le principe que: est-ce qu'on est capable de le gérer? Voilà. Nous on sait que l'association Salam, nous ne sommes pas capables, autant on demande au gouvernement de reprendre ses responsabilités et d'avoir un centre qui ne soit pas un gigantesque comme pouvait l'être Sangatte, d'avoir des mini antennes de 30/40 personnes réparties dans la région, même dans le nord de la france, autant nous l'association, nous sommes persuadés que nous ne sommes pas capables de gérer au quotidien du matin au soir. En plus, il faut quand même être honnêtes, les migrants sont très souvent destructurés... heu... avec une certaine oisiveté... et que feraient-ils toute la journée dans le même local? Je crois qu'il est important qu'on leur offre des structures d'accueil dignes de ce nom... mais je crois qu'il faut que ce soit mesuré, pondéré et adapté. Et je pense que ce soit réparti et pas trop resserré dans le même quartier. À la fois parce qu'au bout d'un moment ça créerait une promiscuité qui serait, ça m'engage personnellement, qui serait ingérable. D'abord, on n'a pas les compétences professionnelles, nous ne sommes que de simples bénévoles qui tentons d'aider mais je crois que pour aller au-delà, pour structurer, aider à structurer les gens, à leur apporter... heu... par exemple la possibilité d'apprendre le français etc, ça devient un domaine de compétences que nous n'avons pas. Et puis aussi que nous n'avons pas envie de donner davantage de temps parce que, on a une vie privée, on a une vie associative, professionnelle... heu... personnellement, on connaît les limites de ce que l'on peut donner. »

 

F. M.: « Là vous êtes au maximum de ce que vous pouvez offrir? Le BCMO est resté longtemps ouvert, au mois de décembre, au mois de janvier, il a fermé samedi matin, il a rouvert, ce lundi. On annonce des températures très froides, hivernales, dans les jours qui viennent, vous êtes repartis pour une nouvelle période? »


Sinon, salam assure: pas fatigués de donner à manger, seulement écoeurés. mais structurés, c'est pas comme ces damnés réfugiés fainéants

 

JC Lenoir: « On est suffisamment structuré, suffisamment nombreux pour répondre à ce genre d'actions parce qu'on les a privilégiées. Donc, on a en l'occurrence un bénévole qui fait les plannings, avec difficultés, mais on sait qu'on va s'y tenir et qu'on est capable de tenir jusqu'au 15 mars. Ça nous demande des efforts, ça nous demande des contraintes, ça nous demande des choix quelque part, pour notre vie de tous les jours mais on le fera et c'est pour cela que je dis qu'on est pas capable d'en faire davantage, contrairement à certains qui disent que les bénévoles sont fatigués, sont épuisés … non on n'est pas fatigués, on n'est pas épuisé. On est écoeuré que le gouvernement n'est pas suffisamment avancé, n'est même pas avancé du tout. On est écoeuré qu'on puisse encore être aussi odieux par le acharnement, le harcèlement vis-à-vis des migrants, ça c'est de l'écoeurement, mais ce n'est pas de la fatigue. On a un engagement, on y croit. On sait qu'on a décidé pour x raisons, tout au moins, la majorité des gens de chez nous, de ne pas en faire davantage parce que... heu...je cherche le terme, mais l'engagement que l'on a, c'est un engagement volontaire et on y va, heu, satisfait d'y aller et il ne faut pas qu'un jour on soit épuisé et qu'on y aille à reculons. Donc il faut qu'on ait la force suffisante, l'engagement, l'enthousiasme suffisant pour répondre présent quand il y a des coups de force et des besoins supplémentaires. Donc, il ne faut pas se rajouter des taches auxquelles on ne saurait pas subvenir en fait. »

 

L'interview se termine par un appel aux dons.

 

Tout ça pour ça.

 

 

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