Forme du Hangar No Border et fond de commerce

Publié le par zetkin

A défaut de la frontière palpable, on ouvre ce qu'on peut quand on a les moyens.

Ils nous ennuyaient avec ce problème qui ne serait qu'un problème européen et justement les européens sont venus le résoudre.

Ont-ils été mieux reçus? Non. La déferlante costumée a failli aboutir à une castagne généralisée entre les calaisiens et les flics. Ce qui aurait pu être très plaisant. Dommage que nous n'ayons pas prévu ni la privation totale de nos libertés, ni les réactions du calaisien moyen privé lui aussi de ses libertés de mouvement.

"Tout fout le camp"


Comme tous les petits enfants, les miens ont joué avec le papier ou le carton des cadeaux avant que je ne les jette. Je ne m'étais jamais distraite de cette façon quand le Père-Noël Maman distribuait le cadeau. Il n'y avait pas d'emballage. La poupée n'était cachée d'aucune burqa colorée.

A cette époque, la télévision nous offrait de véritables débats où les mots "communisme" et "capitalisme" n'étaient pas interdits d'antenne ou réservés à des salariés fous-furieux. Nous n'étions pas conviés à assister à ces débats mais nous partions nous coucher avec les jingles des "dossiers de l'écran" et autres émissions.

J'avais retrouvé à Calais, sous la moquette qui s'effilochait, des journaux locaux datant des années 70 à 72. On y lisait les joutes verbales entre les socialistes et les communistes calaisiens. Et là aussi, la lutte des classes n'était pas honnie, c'était le moteur visible de la bataille.

Emballage et contenu: quand la forme peut modifier le fond


chartersDeux tendances co-existent au sein des No Border. (trois si l'on compte ceux qui s'en fichent de la manière de diffuser ou d'agir)

En gros, une prétend promouvoir les actes humanitaires et l'autre les actes politisés. L'affrontement entre ces deux tendances peut consister à répéter plus de cinq fois que le hangar serait un espace de revendication sur la liberté de circulation.





Comme si cela n'allait pas de soi et que nous ajoutions un élément politique incongru.


Nous touchions de fait, le point sensible et de divergence entre les humanitaires et les activistes No Border.

Nous n'avions pas porté une attention trop grande au fait que les éternels solidaires avaient envahi l'espace. Ils étaient les seuls à rester et à revenir. C. nous avait plongés dans l'hébergement assez rapidement et personne n'avait réussi à rectifier le tir, malgré quelques réunions houleuses sur le sujet.

L'hébergement provoqua l'entrée des "So-so-so-solidarité avec les réfugiés", (célèbre refrain qui n'indique jamais en quoi nous devrions être solidaires). Il fut pour moi de plus en plus évident que nous nous trouvions devant la captation du mouvement par des gens qui n'avaient pas forcément envie de promouvoir nos idées de base et que nous avions "ramassé" au grè de quelques actions spectaculaires comme celles autour de la destruction de la jungle.

Hors, et même à ce moment là, nous nous étions posé la question d'une intervention. A cette époque, les présents actuels mis à part les européens n'étaient pas là au local constamment. Nous n'hébergions pas. Il faisait encore chaud.
Nous nous étions dit que défendre un squat comme la jungle pouvait conduire à défendre l'idée qu'il fallait des conditions meilleures pour les réfugiés bloqués à la frontière.
Une sorte de lutte annexe, pour la ressurgence de Sangatte et du tri, pas une attaque frontale de la frontière.

Autour de cette destruction, conjuguée à la location d'un espace No Border et de la venue du temps froid,  les petits nouveaux sont restés et y ont invité des gens toujours curieusement absent des quelques actions que nous menions de temps en temps.

A quoi donc servait-il de les inviter? Les inviter à boire le café ou le thé, ou bien les inviter à nous suivre dans nos démarches.

DB et PM menèrent le bateau avec leurs idées à eux qui se résument à recouvrir l'HH d'un emballage politique, munie de l'étiquette No Border. Pour se faire, ayant déjà un ancien pied dans l'HH, ils ont glissé l'autre pied dans les instances militantes.

BD passons-nous des frontièresEt alors? me dira-t-on.

Et alors?! un mouvement politique consiste à ce que l'on se mette d'accord sur une ligne de conduite. Pas à aller faire des discussions avec des gens qui ne se sont jamais montrés comme particulièrement proches de nos idées de base.

Pas à aller discuter sans que tout le monde ne soit au courant avant les discussions et ce sur quoi elles porteront.

Ainsi, nous avions été exclus de quelques réunions au local et j'apprenais par hasard les pourparlers entre DB et l'HH.

Le summum fut atteint quand une partie de l'HH nous invita, samedi 23 janvier, à une réunion avec la maire et le sous-préfet. Rectification: le représentant de cette partie HH n'a invité que DB. C'est dire comment on a pu nous présenter!

Car pourquoi l'HH n'inviterait pas zetkin ou tout au moins un groupe informe No Border? Pas de zetkin signifie pas d'évolution. Non pas que zetkin ait une importance particulière supérieure à DB ou à son gourou PM. Qu'au moins, le téléphone No Border serve à quelque chose et ne s'adresse pas à des individuels qui se prétenderaient représentant du tout.

Bien entendu, j'ai dit aussitôt que nous devions refuser d'entrer en contact avec les représentants de la répression, sinon à vouloir co-gérer ce déni de droits humains. Puis, certains d'entre nous ont jugé que l'on pouvait laisser les gens y aller et au moins apprendre ce qui y serait dit.

Me restait alors l'alternative d'y proposer l'entrée de réfugiés sans papier; nous avions reproché la tenue de "conseil des migrants" sans aucun migrant. C'était logique comme position et je me doutais que cela bloquerait DB.
(je ne sais pas ce qu'il en a résulté et si la réunion s'est bien tenue. L'HH ne communique pas et DB non plus, ce qui est une grande gène dans la publication sur la liste commune.)

Le coup d'assommoir


L'ouverture d'un abri sur Paris soutenu par Emmaus et l'association des don quichotte, n'avait pas plu au Gisti mais avait certainement fait baver d'envie d'autres assos.

Que reprochait le Gisti? l'oubli du problème des réfugiés politiques et j'étais d'accord avec eux.

Pendant que l'on massacrait les droits et en attente d'une destruction des lois de protection des réfugiés par leur sado-maso Besson, ouvrir un lieu d'hébergement sans rien revendiquer d'autre que l'hébergement par temps froid, apparaissait comme l'administration d'une aspirine à un cancéreux.

Il y a plus de deux semaines, GN me contactait pour proposer ses services de prête nom. Le local allait bientôt fermer. On en cherchait un autre. Je ne me souviens plus si j'ai filé sa proposition.

Le hangar trouvé, nous savions déjà qu'il serait destiné aux vestiaires en juin. DB nous l'avait dit et je pense qu'il avait du en parler avec la religion.

nord littoto affiche no borderGN s'était présenté samedi. DB l'avait accompagné. Le bail ne fut pas encore conclu. Le proprio attendait la réponse de l'HH. Justement l'HH invita DB ce jour-là, à une réunion ressemblant au conseil des migrants, le lundi 25 janvier.

GN revint mardi pour l'accord final. La partie religieuse faillit bien nous couper l'herbe sous le pied au dernier moment. Félicitations pour GN d'avoir prévu ce coup.

Nous discutâmes ensuite sur l'utilisation du hangar, la première utilisation que nous voulions en faire s'entend. Le BCMO était encore fermé.
GN nous invita à ne pas médiatiser avant vendredi 29 janvier pour ne pas "gêner" la médiatisation du procès des inculpés de Vincennes. Nous l'avions cru. Nous n'avions aucune raison de douter.

Mercredi matin, vers 8h, GN me téléphone et me demande de regarder dans les journaux. Il m'explique que depuis trois jours il est en contact avec un journaliste de Nord Littoral sur la question du hangar. La veille, au soir il l'a averti de la signature du bail.

Je n'ai bien sûr pas du tout apprécié. GN avait de plus présenté le hangar comme une mise à l'abri des réfugiés contre les méchants policiers. Je lui ai demandé s'il avait au moins annoncé que cette mise à l'abri constituait une aide revendiquée à la liberté de circulation. Bien non. "Oh ils s'en doutent!" m'a-t-il répondu avec son naturel bonhomme.

Ils s'en doutent mais ne veulent absolument pas diffuser les motifs politiques.

Jeudi coup de poker des SOS et scoop: "Les No Border ouvrent un sangatte"


Et s'ensuivit tout un déballage sur ce qu'il est de bon ton ou pas, de faire humanitairement. Et comment on allait nous réprimer si on osait faire entrer des réfugiés.

Le sous-préfet Gavory en a profité pour rappeler qu'il était prêt à jouer son petit dictateur, marchant sur les lois de la République, Une et indivisible. La maire Bouchart vomissait sa rage avec des expressions marrantes. Les assos ont joué les innocents qui n'ont pas été avertis.

Tout le monde craint les réactions de l'Horrible Besson. Tout le monde sauf nous, il faut dire.

L'emballage médiatique effaçait le fond, en fait.

GN n'a pas respecté sa parole d'asso. Il était très important que nous diffusions en premier pour ne pas provoquer un détournement. L'humanitaire ne doit jamais venir avant des positions politiques.

Sans-titre-7Que diraient des ouvriers en lutte pour les salaires, si jamais un des leurs prétendant représenter le tout, parlait uniquement de l'installation d'une cafetière dans le local de pause comme motif de la lutte?

Vendredi: pas de scoop mais curieux "oubli" lors de la réunion


Pour parachever le tout de ce détournement complet digne d'une partie HH célèbre pour ces sortes de coups médiatiques à bon compte, nous avions du batailler encore pour sortir un communiqué non expurgé par le duo.

Il fallait attendre la réunion avec les assos. Réunion que personne n'avait songé à faire mis à part le duo. Pourquoi attendre?
Nous ne l'avons pas vraiment su ce qui génait dans le texte du communiqué. Les mots "Capitalistes"?  "Liberté de circulation"? DB avait éprouvé de grandes difficultés à la lecture du texte du communiqué. Il ne savait pas quoi dire.
Il avait en tête l'idée de cette réunion qu'il avait programmé seul, inspiré sans aucun doute par son gourou exilée au Japon.

L'immigrée n'avait pas eu le temps de revenir. Il était seul contre tous. On lui a dit que nous devions poser nos revendications sans attendre que les assos HH donnent leur avis.

Et voilà que nous vouions enfin savoir en quoi consister cette réunion? Tout à coup DB ne savait plus. Il était question des mineurs mais on se doutait que cela irait plus loin, à présent qu'il avait été forcé de découvrir son jeu. J'ai répété, aidée par les considérations de Rosa, que nous devions poser le principe d'un espace revendicatif sur la liberté de circulation et d'installation. Les assos HH devaient être au courant. Rien ne les empêchait d'entrer dans cet espace et de participer s'ils étaient d'accord avec ces principes de base.

DB n'en finissait plus de téléphoner, hors du local.

J'ai du surveiller le dépôt des communiqués. Mais une surveillance pour rien. Le copain était réglo, lui.

Résultat de la réunion: pas un mot sur la liberté de circulation et d'installation. Ils sont intéressés par les échanges avec les "migrants" et les concerts.

Pas un seul débat sur les motifs politiques.

On finirait par croire que DB et PM ne sont No Border que dans l'apparence, pour mieux se servir des moyens mis à la disposition du réseau et avoir une couverture médiatique qui leur permettent d'exister quand on sait que chez les médias HH, seuls les chefs ont droit au micro.

Origine des détournements: la soif personnelle de médias?

décor
Jean-Claude Lenoir avait tout à coup été promu victime humanitaire du harcèlement policier. Ainsi que Moustache. Quoique la médiatisation fut excellente pour les défendre et montrer de quoi un Etat était capable contre la solidarité humaine, JC Lenoir et Moustache furent longtemps les seules personnes médiatisées quand il s'agissait de parler des réfugiés.

Ils ne représentaient pas pour autant un courant politique et encore moins les réfugiés à qui les journalistes ne s'adressaient jamais ou sinon par des questions orientées du genre "Alors, mon vieux? C'est dur de vivre dehors?"

Je suppose que cette médiatisation à outrance de quelques personnages au détriment d'un ensemble, a tourné la tête de ces personnages.

boulotCombien de fois me suis-je rendue compte que cette partie HH ne se déplaçait qu'en fonction des visites d'officiels? Pas la peine d'user son crédit de téléphone à tenter de se faire seconder devant la descente de trois cars de CRS.
(j'en étais venue à faire semblant de téléphoner quand même pour faire croire aux policiers que les méchants humanitaires allaient arriver mais ça ne prenait pas toujours. Il y a même un CRS qui m'avait mimée.)



En ce qui concerne GN, à vrai dire, de son propre aveu, il était courant qu'ils usent et abusent des médias, quitte à envoyer au casse-pipe, des militants sans qu'eux ne soient présents sur une mobilisation qu'ils avaient initiée!

 "Faire des coups médiatiques, ce n'est pas ma tasse de thé" a justement dénoncé à propos du hangar, Jean Claude Lenoir, le spécialiste des coups médiathiques. Gros jaloux, va!

GN est un peu différent de JC Lenoir. Le premier monte des mobilisations périlleuses qui aboutissent à faire venir des hélicoptères pour rien. On ne se souvient que des hélicoptères. Le second monte des oeuvres charitables en prenant soin de ne pas écorcher ceux qui donnent, quitte à capter des gens de droite qui démontent les oeuvres charitables.

Pour DB, nous avons pu voir le film qui a été réalisé sur lui. Bon, il n'était pas mal dans le genre moi qui craignais avoir affaire aux éternelles pleurnicheries de circonstances sur le malheureux sort des réfugiés. Mais le titre lui-même aurait du me titiller.  Car le problème des réfugiés ne peut se résumer à l'histoire d'un bénévole.

et voilà que des journalistes semblaient tenter de le capter. Pas de capter No Border. Il a beaucoup de difficultés à résister. France 4 est venu alors que j'avais presque sa promesse de ne pas les inviter nous filmer. Si je m'aperçois qu'il choisit ses interventions en fonction de la présence de journalistes, je n'oublierai pas de le signaler.

Une sorte de Moustache, donc, qui se serait auto proclamé le porte parole non désigné d'un mouvement qui n'avait pas encore fait l'effort de se donner une ligne politique claire par des discussions entre tous ceux qui veulent la liberté de circulation.


Briques creuses


Ce dimanche, dans Echos et chuchotements, le journaliste a terminé la légende d'une photo représentant Bouchart par : "Aucun des officiels n'a osé lui faire remarquer qu'il n'y avait pas que la brique qui était creuse à ce moment de la journée."


L'absence de politique définie par le mouvement a provoqué un vide, susceptible d'être rempli au grè des présents sur Calais.

Est-ce que le duo a pu remplir ce vide?

3 lecNon en ce qui concerne la lutte contre les frontières. On ne peut pas être pour la liberté de circulation au local No Border et contre la liberté de circulation dans une parlotte avec l'HH.

Ou s'ils ont rempli la coque, c'est en la bourrant d'autre chose dont je comprendrais certainement un jour la finalité de toute cette diversion organisée.

La répression politique est autant due aux pouvoirs qu'aux médias.

Avec ces derniers, il faut promettre jeter une bombe, sinon ils ne se déplacent pas.

Je souhaite fortement que nous étudions comment utiliser les médias mais pas en faire un but: l'évènement est par nature éphémère alors que la répression et la destruction des droits d'asile sont permanentes et visibles à Calais.

Pourquoi donc éviter le débat entre les acteurs du contre-spectacle de l'Etat Sarkozy et chercher à tout prix faire partie du spectacle médiatique au même titre que d'autres "apolitiques"?

Résistance anti zetkin


D'avoir exposé mes griefs et d'avoir tenté de saborder le détournement, ont poussé le duo à prêter grande attention.

Ils auront pourtant tout loisir de continuer tant qu'une réunion No Border ne précise expressément les lignes à suivre.

Nous ne devrions pas avoir à réfléchir sur une position envers les humanitaires. Chacun sa place et la liberté de mouvement sera garanti. Les humanitaires se plieront aux exigences de qui ils veulent ou peuvent pour des raisons qui ne sont pas les nôtres.

Nous on conservera notre liberté de ton en continuant à dénoncer le conseil des migrants sans migrant, les fausses avancées de l'humanité Bouchart et les positions médiatiques du blondinet.
(BM peut continuer à tenter de m'écraser ou à m'insulter. Je ne changerais pas de valeurs.)
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Imaginons que ce soit une bonne idée d'infiltrer la chefferie HH, que le duo nous le prouve et nous démontre en quoi il est important de leurrer un groupe humanitaire. Une fois que ces derniers se seront déclarés No Border, le duo présentera-t-il la face qu'ils leur ont cachée sous leur sourire sympathique? anti capitaliste et sans frontière?

Je ne suis pas pour tromper les gens. Même la chefferie HH.











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