Point de suspension

Publié le par zetkin

Depuis 2003, où la lutte pour nos retraites m'avait fait découvrir le changement de nature de la police, jour après jour de grève et d'actions très amusantes et de réunions où les grévistes ont bien failli renverser l'ordre établi  entre les représentants et leurs syndiqués, j'avais rencontré d'autres formes d'expériences de lutte que j'ignorais totalement.

 

2003 avait été l'année de la révélation, celle où j'ai tout perdu de ce qui comptait beaucoup dans ma vie, celle où toutes mes illusions ont volé en éclat, jusqu'à ce que je vois des flics français courir après des réfugiés dans ma propre ville. des CRS, les mêmes qui tabassaient les fins de manifs et qui n'avaient pas hésité à lancer des grenades lacrymo sur des familles accompagnées de leurs enfants.

 

Depuis 2003, donc, j'ai commencé à regarder. Regarder en premier la police qui semblait être le bouclier. C'est Sarkozy ministre de l'intérieur qui a éveillé mon instinct de préservation.

 

Il était dit que, comme nos représentants ne se dirigeaient absolument pas vers une révolution, c'était à nous individuellement de prendre en charge la résistance, la persistance. Ce fut exactement comme cela que la Résistance avait démarré au début de la seconde guerre mondiale, par des gens qui refusaient d'admettre ce que l'on présentait alors pour un évènement inéluctable auquel on devait se soumettre pour le plus grand bien de tous.

 

quitte à verser dans le monde inconnu d'un présent sans perspective.

car on ne savait pas où on allait mais on y allait avec nos valeurs inscrites dans notre patrimoine historique, à défaut d'être génétique.

 

hors, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Nous n'avons aucune perspective politique autre que celle de détruire un système économique qui n'en finit pas de démontrer qu'il est mauvais dans son essence même, battant en brèche tous ceux qui pensent le rendre humain pour ne pas avoir à l'affronter.

 

"Expulsez, mais dignement!" est le discours qui transpire de temps en temps du côté caritas. Ici à Calais, les policiers peuvent contrôler les papiers des étrangers au faciès, hormi quand ils utilisent des méthodes brutales pour les demander ou lorsque les contrôles sont tellement fréquents que la masse populaire s'en indigne.

 

Il y a un grand travail à faire auprès de cette masse rendue docile par tant de gentillesses humanitaires.

 

Au fur et à mesure de l'avancement des travaux et des tentatives de destructuration de ces travaux, j'ai appris à connaître la police pour en déjouer les marques les plus spectaculaires.

 

Je me souviens encore de la tête de certains juges et de policiers, de leur hargne à me voir continuer à géner les CRS alors que j'étais convoquée pour des insultes.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que je ne sois pas là pour faire des photos de policiers et m'en vanter.

Je me servais de ces contre interventions pour avoir une assise auprès des réfugiés, récupérer toutes les infos nécessaires à une lutte construite et leur rappeler leur humanité et leur qualité en terme de force.

 

Ce que je n'avais pas prévu, c'est la force d'inertie des caritas et l'isolement dans lequel on place toute personne qui agit contre la police, volontairement, sciemment. J'avais donc eu de plus en plus besoin de personnes très "qualifiées", des militants hors mormes qui se battent sur tous les terrains et qui relient les luttes entre elles.

 

En fait des militants politiques.

 

No Border fut dans ce contexte une très bonne idée. Celle-ci est venue après la grosse opération de novembre 2008. Mais le souci de légalité l'a emporté, tant la répression d'abord médiatique puis réelle, s'est imposée au groupe entier. On n'a fait aucune cible et pire, on n'a pas prévu de les faire une fois que les CRS avaient rangé leur attirail et déménagé.

 

Je n'avais pas compris que le mouvement abritait en son sein plus de gentils activistes que de méchants black block. Comme le dit le texte ci-dessous, pondu par des connaisseurs, je ne suis pas pour utiliser la violence car je ne sais pas être violente avec préméditation. Les actes illégaux me répugnent tant qu'ils n'ont pas de sens public. Je n'ai jamais compris à quoi ça servait de brûler des poubelles alors qu'il y a tant d'autres choses à brûler qui ont vraiment du sens.

 

Comme tout le monde, je n'ai pas envie de devenir une martyre d'une cause qui n'a pas encore émergée. Toutes les gardes à vue, les convocs au tribunal, les condamnations, ne sont pour moi qu'une réponse logique de l'Etat à des actions. La meilleure réponse était de continuer.

 

ça énerve parfois certains militants qui croient que l'on fait exprès de se faire arrêter. on se demande bien pourquoi on aimerait passer en garde à vue... C'est logique que la police se défende et c'est un échec que d'avoir été arrêté. J'ai trouvé une série de textes qui ont mis des mots là où je suis incapable d'exprimer ce que je ressens intuitivement. J'étais contente de cette trouvaille due au hasard de mes lectures.

 

 

 

un pavé dans les rouages


31 décembre, Indymedia Nantes.


 

En République, on a toujours le droit de s’indigner d’une situation intolérable : les rafles de sans-papiers, les exactions

policières, les expulsions locatives, les gens qui dorment dehors, les conditions de détention, tout cela peut faire l’objet

d’autant de tribunes dans les journaux ou d’appels citoyens sur Internet. La démocratie adore ceux qui se contentent

de dénoncer : c’est à dire de parler et de ne rien faire. C’est même la marque de la démocratie, ce dont elle ne cesse de

s’enorgueillir. On peut (presque) tout y dire. Mais que l’on commence à s’organiser pour s’opposer concrètement aux actes

du pouvoir, et tout change. De citoyen, on devient délinquant, ou terroriste, selon les cas : de toute façon, la répression est

là. C’est que tout acte qui n’est pas étroitement borné par les pratiques démocratiques et citoyennes est de fait illégal.

Qu’est-ce qui est effectivement permis, comme acte concret, par ce système qui fait pourtant de la « liberté » un de

ses principes ? Faire la grève, à condition d’en avoir l’autorisation. Manifester, à condition d’en avoir l’autorisation. Et

voter, bien entendu, c’est à dire faire semblant de faire un choix une fois de temps en temps; et éventuellement, s’engager

comme militant dans un de ces partis au service des ambitions de quelques politiciens, ou investir sa bonne volonté dans

une association humanitaire aux objectifs limités. Tout le reste, ou presque, est interdit.

La « liberté d’expression » elle-même n’est que théorique. On peut presque tout dire, certes : mais pas n’importe

comment. Quand la parole devient presque un acte, quand elle commence à viser l’engagement direct dans la lutte

et la rébellion, elle est suspecte et donc interdite. Il n’est pas autorisé, même si c’est souvent toléré, de distribuer des

tracts sur la voie publique et encore moins d’afficher ce qu’on a soi-même écrit : et plus ces écrits pourront avoir des

faits comme conséquences, et plus ils seront susceptibles d’être réprimés. C’est le cas, par exemple, quand un appel à

la révolte devient une incitation à commettre un acte délictueux : quand une banderole « feu aux centres de rétention »

déployée devant le centre de rétention du Mesnil-Amelot en août 2008 vaut à ses auteurs supposés d’être poursuivis

parce qu’un feu a effectivement pris dans le centre durant la manifestation. Ce qui est vraiment permis, c’est de publier

légalement ses pensées, à condition d’avoir le fric ou les relations pour le faire ; la liberté, dans le système capitaliste,

c’est toujours la liberté du riche.

Pourtant, on ne peut pas toujours se contenter de dénoncer. Viennent les moments ou la volonté d’intervenir concrètement

pour entraver le fonctionnement du système s’impose, parce que se contenter de porter un jugement sans que jamais

les paroles n’engagent à aucune action est intenable. Quand on s’est mobilisé pendant des mois, dans une école, pour

empêcher l’expulsion d’un parent sans-papier, il est difficile d’assister à son arrestation sans tenter de l’empêcher. C’est

là quelque chose de courant, d’ordinaire même, que ce ne soit pas seulement par l’expression de son opinion, mais par

un engagement plus tangible que l’on manifeste réellement son opposition. Quand des gens se font arrêter et enfermer

en centre de rétention, ces prisons qui ne disent pas leur nom, quand des gens meurent en garde à vue, en taule, sur des

chantiers, alors, pour s’opposer à des décisions que l’on n’accepte plus, ont lieu des manifestations, des émeutes, des rassemblements,

des grèves, des concerts devant les prisons, des distributions de tract, des sabotages… Toutes ces pratiques,

fort diverses, ont un point en commun : elles visent à briser le fonctionnement de ces dispositifs d’exploitation, de répression,

d’enfermement...

Mais agir ainsi, agir tout court, pourrait-on dire, en tout cas agir autrement que dans les règles consensuelles de la

démocratie, mène très vite à l’illégalité. Ce ne sont pas seulement les destructions et les dégradations en tant que telles

qui sont illégales. Par exemple, après les différents mouvements qui ont eu recours à l’arme du blocage (en 2003 contre

la réforme des retraites, en 2005 contre la loi Fillon, en 2006 contre le CPE), une nouvelle disposition pénale est venue

réprimer l’entrave à la circulation des trains.

Ce n’est pas pour autant que la légalité doit devenir un critère déterminant de l’action. L’illégalité n’est pas une idéologie

pour ceux qui s’y livrent. L’action illégale n’est pas une fin en soi ou ce qui pourrait donner une valeur à l’acte. Il ne

s’agit pas, par la « désobéissance civile », de prétendre remplacer une norme par une autre, d’opposer, à la légitimité officielle,

une légitimité concurrente. En fait, c’est l’idée même de norme légale qu’il faudrait dépasser. Par la loi, telle qu’elle

existe dans le système actuel, c’est l’interdit et la domination qui s’affirment, et rien d’autre.

Comme le rapport à la loi, il faut démystifier le rapport à la violence. La violence, dans le monde du capital, est partout

: dans l’exploitation au travail, dans la vie quotidienne, dans la répression, dans l’idée même d’état. Elle est aussi

dans la manière de s’opposer à lui, car à une force on ne peut qu’opposer une autre force, ou être réduits à rien. Renoncer par avance à toute violence, comme la position « pacifiste » l’affirme, c’est soit admettre d’emblée son impuissance, soit

courir au massacre : et bien souvent les deux. Pas plus que l’illégalité, la violence n’est une fin en soi. La question est de

savoir comment agir efficacement et comment se construit un rapport de force. Il n’y a pas une solution unique mais des

expériences multiples, des histoires de solidarité, de résistance et d’attaque.

Parmi tous ces moyens, le sabotage, le grain de sable dans les rouages de la machine. C’est une opposition directe,

physique, matérielle à une partie d’un dispositif. Il s’agit d’attaquer l’ensemble à la fois matériellement et pour ce qu’il

représente politiquement. Il peut s’agir tout autant de mettre un sabot dans une chaîne de montage, de s’opposer physiquement

à l’expulsion d’un sans-papiers dans un avion, de mettre du sucre dans le réservoir d’un engin de chantier, et

de couper des câbles de relais TV. Ces actions trouvent leur sens par rapport à leur objectif et au contexte dans lequel

elles prennent place.

Le sabotage peut être très diffus : au travail, à l’école, sur les chantiers, sur les voies de circulation. C’est la pièce intentionnellement

mal usinée, c’est la marchandise rendue invendable par une dégradation, c’est l’alarme incendie intempestive

et le chewing-gum dans la serrure… On a noté plus de 27 000 actes « de malveillance » sur les voies de chemin de

fer au cours d’une seule année, s’il faut en croire le Figaro. Au-delà de leurs intentions, ces actes témoignent de la tension

sociale et d’un esprit de résistance et de révolte face aux conditions qui nous sont faites.

Dans des moments d’opposition plus collective, qu’il s’agisse de mouvements sociaux ou de campagne contre tel ou

tel aspect de la politique de l’état, le sabotage est un moyen d’action efficace pour arriver à ses objectifs. Il prend place

dans l’histoire de la lutte des classes depuis ses origines. Les grèves, d’abord illégales, avaient pour effet de saboter la

production. Plus récemment, dans nombre de mouvements sociaux le sabotage effectif ou la menace du sabotage ont

été utilisés : pendant le mouvement des cheminots de novembre 2007, face à des fermetures d’usines dans la métallurgie,

la chimie, etc…

Dans ces moments collectifs, c’est souvent un enjeu important que l’acte de sabotage soit assumé largement. C’est la

politique du pouvoir que d’isoler les saboteurs et d’opposer leurs actes aux intentions des autres participants à la lutte :

et c’est une force du mouvement que de se rapproprier ce qui parfois n’a été fait que par quelques uns, mais poursuit

l’objectif commun.

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