Pas de Bordure: quand l'HH nous infiltre

Durant juillet, deux composantes du mouvement s'affrontaient. Tendance ProH et tendance Black Block.

Aux premiers l'idée généreuse: « tout le monde est gentil. » ou « tout le monde peut devenir gentil »

Aux deuxièmes la décapitation de l'HH.

 

La perspective de l'expulsion de masse des afghans renforçaient les uns et les autres dans leur conviction motivée.

 

  • On devait s'appuyer sur l'HH pour stopper l'expulsion. Nous ne serions pas assez nombreux, ni compétents.

  • On devait combattre l'HH pour ouvrir les frontières. Nous voyions l'HH comme partie prenante de l'Etat et monnayant auprès des réfugiés la soupe en contrepartie de l'acceptation de leur si « triste » sort.

 

Ce conflit avait déjà existé auparavant entre l'individu isolé que j'étais et l'HH, lors des grandes tentatives de résolution de la question réfugiés. Je ne me génais pas de critiquer l'HH, ses discours et ses actes, tout en les appelant ou en participant à leurs actions collectives.

 

Périlleux exercice mental.

 

Donc, en juillet, le groupe des proH invita une partie HH pour discuter de comment s'entendre un minimum. Au moins sur les surveillances policières.

Nous avons discuté en fait de leur chefferie avant de nous entendre sur comment opérer ensemble.

L'ambiance était très tendue.

Les HH se tenaient sur le qui-vive comme si l'endroit était un coupe-gorge.

Et au loin, les Black block râlaient de manière audible, claquaient la porte, discutaient dehors, revenaient...

 

Il était intéressant d'avoir pourtant le point de vue des HH. Ils surveillaient la police de leur côté sans que nous les ayons poussés à le faire. La chefferie était sans doute partie en congé et d'avoir un procès sur le dos freine souvent les ardeurs belliqueuses.

 

Les HH confirmèrent ce que nous-mêmes avions supposé de l'affaire des bannières arrachées. Ou tout au moins, ils confirmèrent ressentir les mêmes doutes quant à l'origine du problème et le parallèle avec la présence de BM sur les lieux. Actes concomitants à la désinformation de BM dans le camp lui-même: « il n'y aura pas d'expulsion. », histoire de nous retirer tout crédit auprès des afghans.

 

En ce qui concerne les accords en vue de s'associer pour les surveillances, nous avons pu savoir les lieux et les heures de patrouille. Ils nous ont filé leur numéro de contact mais pas bêtes, ce numéro est celui de la patrouille. Si bien que nous pouvions tomber par malchance sur des gens inconnus et faire partie sans le vouloir du réseau S.

 

Hors la caractéristique du réseau S, c'est de faire croire qu'ils sont seuls au monde à se battre contre les très méchants. Si par malheur, vous vous trouvez associer à une des actions dans laquelle ils se trouvent, on lit ensuite que tous les présents étaient du réseau S.


Quelle importance?

L'honnêteté d'abord. Je ne vais pas prétendre représenter mon parti quand j'agis.

Le détournement du but poursuivi ensuite. Dans l'urgence, nous sommes amenés à fréquenter l'HH. Nous agissons de concert avec des buts différents. Mais le groupe S usant de l'inégalité de traitement médiatique, impose ses vues soit-disant apolitiques, nous enfermant dans leur réseau comme si nous partagions les mêmes buts qu'eux.

 

Pas de bordure impose-t-il une autre réflexion politisée pour l'HH?

 

Non.

Il s'agit pour l'HH de trouver une parade plus fine. Leur principal objectif est de ne pas se faire voler la vedette.

 

Avec la masure ouverte, DB s'est empressé de l'investir comme il le pouvait mais pas de manière régulière. Il nous introduisit PM et tenta de nous rapprocher de l'HH, prétextant que c'était pour les mettre dos au mur de leurs actes et de leurs discours. On a vu débarquer des charitables de dunkerque. Ensuite, introduction de NN le silencieux et enfin, Darkvador.

 

Tous ces gens, on ne sait pas de quoi ils vivent, ni ce qu'ils font exactement. Comment cela se fait-il qu'on réussisse à voyager de Paris jusqu'à ici par exemple ou même manger, sans avoir de boulot? Pour Darkvador, le plus spécial, personne ne sait exactement ce qu'il est, ni quel est son nom.

 

Darkvador s'intéresse beaucoup aux voyages, en fait. Il est très « curieux » et admiratif face aux enfants afghans. Mais je l'ai surpris deux fois à tenir d'étranges considérations qui pour moi sont révélatrices.

 

  • Avant la mise en place de l' « action » des sacs à dos MDM, Darkvador nous expliquait les détails pratiques de cette distribution. Il était prévu de donner des tickets aux réfugiés en les faisant ensuite sortir par le portail métallique. Darkvador continua en justifiant : « Les migrants vont vouloir passer deux fois pour avoir plus de tickets. »/De l'indigence imposée par l'Etat français à des réflexions limites, il n'y a vraiment qu'un pas. Darkvador aurait du se demander si j'étais pour le passage des réfugiés ou une simple personne l'écoutant. 

 

  • Plus tard: « Ils nous mentent. Ils racontent que leurs pères ont été tués mais ce n'est pas vrai. Cela m'a mis dans la position de mentir aussi. » A présent donc, nous sommes censés croire que tous les réfugiés mentent? Cette déclaration n'a-t-elle pas de lien avec le discours de Besson sur les faux réfugiés?

 

 

Le décor planté, les acteurs en place: la comédie du grand rapprochement s'effectue.

 

La disparition progressive des english a favorisé l'assise de PM. C'est facile quand on est jeune et pleine d'allant fictif.

 

Pourtant on l'a combattue, first Baby et moi. On l'a remise à sa place plusieurs fois, uniquement sur sa façon de conduire les gens comme si nous étions sous ses ordres.

 

Sous-marins

 

La première des attaques eut lieu au passage du chanteur. Pas de bordure s'est retrouvé collé à Salam comme si nous étions une extension de cette chefferie aux idéaux capitalisto-charitables.

Le chanteur exigeait, soit disant, que nous nous entendions ensemble, la chefferie et Pas de Bordure. En clair, lui, il n'y entendait rien à la lutte pour les frontières trompé sans aucun doute, comme beaucoup de monde militant, sur les objectifs de la chefferie qui n'est pas la liberté de circulation.

 

La deuxième attaque eut lieu par l'introduction ou le maintien des NN et Darkvador dans la masure.

 

La troisième attaque fut celle de la participation sans réunion préalable, à la concertation de l'HH. Là, ce fut encore une grave erreur de jugement ou au mieux une perte de temps qui a débouché sur une réaction immédiate de la police politique.

 

Et pour parachever le tout, la liste « protégée » reçut un mail d'un inconnu parlant des ennuis de deux bénévoles hors de Calais. (Dunkerque?)

Bien malin, le même mail fut diffusé sur la liste ouverte au monde, mais beaucoup plus complet et indiquant que pas de bordure était une asso comme une autre qui partageait les mêmes buts que l'ensemble des assos humanitaires!

 

C'était vraiment risible et ridicule. DB, PM ou NN avait diffusé cette grande tromperie.

 

DB, le soir de la grande rage, s'est comporté de trois manières fort différentes avec moi.

 

  • Seule avec lui, nous remontions par le parc pour nous rendre au repas du soir où il voulait rencontrer les réfugiés pour leur parler de la fermeture du camp de piedfort. Il s'est mis à insulter la MP sans aucune raison. C'était à peu près la troisième fois qu'il se comportait comme cela en ma compagnie. Croit-il que j'insulte la MP sans arrêt et que ça me plaît? Et bien non. 

 

  • De retour à la masure, j'étais encore ivre de colère suite au message de la tenancière. De découvrir un jeune type dans la masure vidée, me hérissa et je lui dis clairement que sans étranger ça s'appliquait aussi aux français, non intégré dans le mouvement. Le jeune ne le prit pas mal. Il provenait du repas de salam. DB poussa un « ouf » de soulagement face au vide procuré et dit en entrant dans la chambre: « ça pue! »

 

  • NN arrive, appelé par DB ou PM. NN écoute le récit arrangé de DB que j'écoute aussi attentivement. J'essaie de rectifier mais DB me rétorque de me taire. J'avoue je fus surprise du ton employé.

 

  • Quand le discours fut fini, j'embrayais aussitôt sur l'éviction logique de tout ce qui n'est pas « Pas de bordure ». NN me lance « ta gueule! ». L'ai-je traité de connard pour le punir? Ça m'étonnerait. PM me l'a dit oubliant la façon de NN de me répondre.

 

  • Encore plus tard, décidant mon départ, au grand bonheur de tous les sous marins, je décidais également d'aller faire ma surveillance. Et je tombais sur les flicos appelais DB qui appelait PM. Et on s'est retrouvés PM et un type de salam (ça devait être la nuit de salam) près du mur de pagniez. Encore plus tard, je retrouvais PM en train de faire un signe à des gens dans le fourgon de ramassage. On s'est bu un café avec DB qui buvait les paroles de PM. PM raconta que les gens qui sortaient de garde à vue avaient des OQTF. J'ai voulu rectifier mais DB m'écoutait à peine. Il a fallu insister. Ce n'était rien, juste le fait que PM persistait dans l'erreur et que DB la croyait, elle qui n'avait jamais défendu qui que ce soit devant un tribunal. Une sorte de madame juriste qui n'y connaît rien mais qui le fait croire.

 

Camp or not camp

 

Avouons que les DB, NN et PM ne sont pas de méchants travailleurs du pouvoir. Comme tout le monde, ils sont sensibles à la détresse de tous ces gens qui crèvent de froid et sont chassés par une police qui use de discriminations pour les repérer et les harceler pour qu'ils dégagent de Calais.

 

Mais les DB, NN et PM ont des assos humanitaires pour exprimer leur fervente solidarité qui n'est pas remise en cause.

 

Pourquoi opter pour les Pas de Bordure si ce n'est pour nous orienter vers le chemin des humanitaires compatissants qui respectent l'institutionnel? NN n'a jamais participé à aucune de nos actions visibles Pas de Bordure, alors qu'il était dans le coin. Sans explication, sans remise en cause de l'opportunité d'agir de cette façon. Pourquoi donc fréquente-t-il la masure?

 

La preuve en est que ce sont les réfugiés qui attirent les humanitaires et pas l'inverse!

 

Quid des cibles?

 

On en est à se battre pour ouvrir des squats.

Les réfugiés les ouvrent eux-mêmes, là où c'est le mieux pour eux.

 

Reste à revendiquer l'occupation illégale comme me l'avait soumis DB pour me calmer.

 

Quatre jours après, aux premiers coups de semonce des TT, tout le monde rempile ses affaires. Où est la revendication de squat?

 

DB a de bonnes idées mais en fonction des personnes présentes dans l'espace.

 

Trop fragile et avec un goût pour le spectacle qui est une des marques de la chefferie.

Et pas bonne qualité de la transmission des informations.

 

Mais doit-on se battre pour des conditions dignes de maintien dans les rues de Calais?

Comment mesure-t-on la dignité dans ce cas?

 

Je préfère qu'on se batte pour des conditions dignes de passage, par exemple: assis dans l'espace d'un café en regardant par le hublot les vagues froides fouetter la coque. Direction l'Angleterre. C'est si simple et ça ne coûte pas cher. En plus, on peut demander l'asile, une fois qu'on y est.

 

L'orientation actuelle qui nous est imposée, c'est la recherche d'abris.

Un point c'est tout.

Et effectivement, si le discours suit, se battre pour des squats peut être une bonne initiative car elle gène l'Etat.

 

Bailleul, le dernier exemple (à ne pas suivre) en est une démonstration.

Hors, à qui avons nous affaire parmi les bénévoles qui agissent? À des gens qui n'ont pas de pensées politiques et qui votent à droite à toutes les élections.

Ce qui est très illogique pour ma part: on ne met pas au pouvoir des gens qui provoquent des dégâts humains que l'on va devoir dénoncer et combattre.

 

L'asso la plus proche de nos idées se trouve implantée à Norrent Fontes. Voilà des gens qui ont tout couvert, de l'hébergement à la défense des réfugiés accusés d'être passeurs, en passant par des dépôts de plainte contre la police pour leurs violences sur la zone mais aussi par la défense juridique des dossiers et le suivi des personnes, une fois passée en Angleterre.Le seul hic dans l'affaire est la limitation acceptée du nombre de bénéficiaires et on a intérêt de ne pas se disputer avec les HH, sinon on nous envoie la cavalerie de campagne.

 

Et pas de Bordure, version humanitaire?

 

PM se prend pour super militant.

Mais dès qu'un abruti raciste se permet de tenter de nous obliger, où est passé super militant?

Trois fois, j'ai du expliciter avec virulence à quoi rimer les remarques de certains. Sinon, on était bon pour nous désintoxiquer chaque fois qu'on venait à la masure.

 

Déjà, le monsieur de la plainte qui avait permis aux policiers de venir arrêter les gens, n'avait pas déposé de plainte. PM était sûre de n'avoir vu aucune mention de plainte sur le papier. Ben pourquoi les policiers auraient écrit le nom de ce type habitant dans mon quartier?

PM était d'autant plus sûre que je lui demandais d'aller le trouver puisqu'elle voulait à tout prix parler aux calaisiens.

 

Je ne suis pas moi-même super militante mais je connais les connards racistes et la peur qu'engendre d'être convoqué à la police.

 

Je connais le monde glauque des policiers quand ils agissent contre la loi et l'omerta qu'ils subissent eux aussi.

 

Je connais le monde pas très joli de la Justice et les pressions orientées. Eux s'en fichent plus que les policiers. Ils sont là derrière leur façade de Justice et vous jugent tout en sachant très bien qu'ils vous enfoncent sur ordre. Puis ils retournent chez eux, mangent et boivent et s'amusent, sans se soucier des dégâts pour les droits humains qu'ils ont provoqués.

 

De toute façon, qui appliquait les lois racistes de Pétain? Qui appliquera les lois de Sarkozy? 

 

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Dernière nouvelle: il semblerait qu'après le savon, on tente d'essuyer la mousse provoquée. La masure était dans l'état que dénonce le proprio bien avant qu'il nous impute cet état.

 

D'où il ressort que j'avais raison:

 

samedi 5, DB annonce devant une assemblée HH pas trop sympas avec nous, le squat comme si c'était un honneur. Il montre visiblement qu'il veut entraîner le SC dans cette histoire.

Il oublie comme tout le monde que la prèf a son indic infiltré.

 

Lundi, successivement, on a les conséquences: le proprio vient récupérer la délation d'un habitant proche des gendarmes(!).

L'HH gomme toute proposition, le soir.

Mardi, un plombier devait venir.

Mercredi, le proprio menace les TT.