Synthèse zone occupée, 25 juin 1941

 

 

 

25 juin 1941

 

ANALYSE DES RAPPORTS DES PRÉFETS, PARVENUS A LA DÉLÉGATION

AU 20 JUIN, AU SUJET DE LA SITUATION EN ZONE OCCUPÉE

 

Les rapports des Préfets à la Délégation, du 1er au 20 juin, n’apportent guère d’éléments nouveaux dans l’appréciation de la situation en zone occupée.

 

I. QUESTIONS ADMINISTRATIVES.

 

L’insuffisance numérique du personnel, la modicité des traitements font l’objet des mêmes remarques et des mêmes inquiétudes. L’évasion des meilleurs éléments professionnels vers les affaires privées, en particulier vers les Comités d’organisation[1], se confirme et s’accentue. Il est évident qu’il n’est plus possible aujourd’hui, même à un célibataire, de vivre avec un salaire de 900 à 1 000 francs par mois, et le traitement de 3 000 à 4 000 francs alloué en fin de carrière à des employés supérieurs ne leur permet plus de tenir honorablement leur rang. Il faut donc craindre, si des mesures ne sont pas prises de toute urgence, qu’un certain découragement ne se manifeste même parmi les plus dévoués. Le danger est d’autant plus grand que, dans les nouveaux services qui sont créés, des émoluments sensiblement plus importants sont alloués. Le Préfet de Seine-et-Marne signale que les agents du Ravitaillement se voient offrir des traitements de 1 800 F à 2 000 F par mois, parfois même davantage, alors que ceux des employés de la Préfecture ou des services financiers oscillent entre 700 et 1 200 F : Le seul remède à cette situation serait, à son avis, de subordonner la fixation de tous les salaires pratiqués dans les services publics d’un département à l’homologation du Préfet.

D’autre part, le manque de coordination entre les services nouvellement créés et les Préfets est une fois de plus déploré par ceux-ci. Le Préfet du Calvados, par exemple, se plaint de ce qu’aucun lien n’existe entre son administration et les services locaux du secrétariat général de la Jeunesse, d’où des surprises désagréables, comme la découverte faite récemment, en ce département, dans le rôle de directeurs de sections locales, de jeunes gens douteux, suspects d’entretenir des idées subversives et dans un Centre de Jeunesse, d’un sous-directeur et de moniteurs condamnés pour vols.

Certains Préfets insistent d’autre part sur les difficultés rencontrées par eux pour satisfaire aux demandes présentées par les Délégués ou Chargés de mission envoyés par divers ministères dans leurs départements, qui, dès qu’ils arrivent, viennent réclamer des bureaux, des machines à écrire, etc. sans paraître se rendre compte des difficultés considérables qu’on éprouve à leur donner satisfaction, surtout dans les endroits où les troupes ou des services administratifs allemands ont pris possession de tous les locaux convenables. Certains de ces délégués sollicitent en outre des allocations d’essence considérables, qu’il est manifestement impossible de leur accorder : c’est, par exemple, le cas du directeur des constructions provisoires de la Charente-Inférieure qui a demandé au Préfet de lui fournir 2 500 litres d’essence.

Le découragement des Maires devant les charges de plus en plus lourdes de leur tâche, devant le nombre et la complexité croissants des textes dont l’application leur incombe, est loin de diminuer, et de nombreuses démissions sont une fois de plus signalées. Le Préfet de l’Aube émet à ce sujet des réflexions et suggestions intéressantes. Il souligne que, si le texte autorisant les conseils municipaux à voter des frais de représentation aux maires et à rembourser les conseillers de certaines dépenses a été accueilli avec satisfaction par les intéressés, cette réforme ne peut pas entrer en application au moment où il serait précisément le plus urgent qu’elle intervînt, faute d’instructions aux Trésoriers payeurs généraux. Il remarque d’autre part que dans les chefs-lieux de canton d’une certaine importance, la majoration de 50 à 60 % prévue comme maximum pour l’augmentation des dépenses du secrétariat de la mairie par rapport aux dépenses d’avant-guerre apparaît comme tout à fait insuffisante.

Il conviendrait à son avis d’établir un barème national, au besoin à caractère indicatif, fixant les possibilités de rémunérations nouvelles des agents municipaux par rapport à la population. Il indique enfin que, des nombreuses conférences qu’il a tenues dans son département avec les maires, il résulte que, dans la quasi-généralité des cas, ces magistrats municipaux, ainsi que les conseillers, souhaitent conserver leur mandat à condition d’être déchargés de la majeure partie de leurs attributions proprement administratives devenues trop techniques. Il envisage à ce sujet comme solution :

I°) de rétablir les sous-préfectures supprimées en 1926[2];

2°) de créer des conseillers administratifs de canton qui, recrutés par concours et formés dans les services de la préfecture, auraient pour tâche d’administrer réellement les communautés communales, les fonctions d’officier de l’état civil et diverses attributions purement locales ou honorifiques, ainsi qu’un rôle consultatif appréciable étant laissés aux élus. Il s’agirait en somme d’un cadre d’employés de préfectures appelés à travailler sur les lieux mêmes où doit s’exercer le contrôle administratif. Il préconise enfin la généralisation par voie réglementaire des syndicats de communes pour toutes les matières administratives où la coordination et la discipline sont préférables à l’action individuelle communale (adduction d’eau, cultures mécaniques, etc.)

 

Enfin, les Préfets du Nord et du Pas-de-Calais signalent l’émotion considérable résultant d’une circulaire du Ministre de l’Économie nationale et des Finances, en date du 15 mars, et en vertu de laquelle les avances du Trésor seront limitées aux dépenses d’occupation et aux réquisitions, à l’exclusion de celles relatives au paiement des secours aux nécessiteux[3]. La plupart des communes de ces départements sont hors d’état de supporter une charge nouvelle pour le financement de ces secours, dont le maintien apparaît indispensable, étant donné l’insuffisance manifeste des crédits normaux d’assistance. Les maires de Lille, de Roubaix et de Tourcoing sont venus entretenir le Préfet du Nord de cette importante question, en lui signalant les graves répercussions qui pourraient résulter de la suppression desdits secours[4].

 

II. QUESTIONS ÉCONOMIQUES.

 

I. Ravitaillement.

 

Le point le plus critique demeure le ravitaillement en viande, dont la précarité est toujours aussi inquiétante. C’est ainsi que, dans l’Aube, il ne peut être attribué que 100 gr de viande par semaine[5], de même que dans l’Eure-et-Loire et les Basses-Pyrénées, que, dans le Calvados, 30 % des tickets[6] seulement peuvent être honorés[7]. L’interdiction de l’abattage des bovins suscite de nombreuses récriminations, en particulier dans la Nièvre, où on a remarqué une déficience dans l’état de santé des enfants concurremment à cette mesure. La taxation[8] toute récente des légumes[9] n’a été bien accueillie ni par le producteur, qui ne connaît souvent que le lendemain de son entrée en vigueur la taxation arrêtée par le Bureau national, ni par le consommateur qui n’en retrouve point la trace chez son marchand, lequel n’a que peu ou rien à lui vendre, ni enfin par l’intermédiaire honnête, qui ne dispose pas du temps nécessaire pour harmoniser ses achats avec l’entrée en vigueur des nouvelles taxes.

L’insuffisance des rations de pain[10], le prix élevé et la rareté des légumes suscitent également de nombreuses récriminations. La pénurie de vin devient inquiétante dans certains départements, comme les Deux-Sèvres.

Il est évident, par ailleurs, que les prélèvements considérables opérés par les troupes d’occupation[11] et qui sont signalés d’une manière générale ne facilitent pas la solution de ces angoissants problèmes. D’autre part, l’organisation des groupements d’achats et de répartition fait naître de fréquentes critiques, les membres de ces organismes étant souvent accusés de songer à leurs intérêts personnels plus qu’à l’intérêt général. Les grossistes sont particulièrement impopulaires et le public se refuse à admettre que le coût de la vie doive être plus élevé pour permettre l’existence légale d’intermédiaires dont l’utilité est discutable et dont les agissements ne sont pas toujours à l’abri de tout soupçon.

Les services du contrôle des prix[12] sont partout en place et manifestent leur activité. Certains Préfets souhaitent même que celle-ci ne se traduise pas d’une manière trop rigoureuse et sans discernement. Il ne devrait pas être question dans l’esprit de la loi d’intenter automatiquement des poursuites à la moindre infraction constatée. Il serait opportun de chercher à connaître jusqu’à quel point le contrevenant avait l’intention de se soustraire à la réglementation imposée. Quelquefois il s’agit d’une méconnaissance des nombreux textes en vigueur, et il faut convenir que bien des maires eux-mêmes ne peuvent se tenir au courant de la législation ; d’autre fois, il s’agit d’une négligence qu’une situation particulière peut rendre excusable. Un avertissement sévère suffirait souvent à la première infraction et ne permettrait pas de faire taxer l’administration de tracasseries inopportunes.

Le Préfet du Nord appelle l’attention sur les difficultés qui se présentent pour la distribution de cartes spéciales de travailleurs lourds et extra-lourds, dont le nombre atteint dans son département, pour le mois de mai, 130 000 environ. Lors de la distribution des cartes, chaque mois, des mouvements dans les usines sont enregistrés. Certains agitateurs exploitent les inégalités créées entre les ouvriers par l’attribution à certains d’entre eux de rations supplémentaires. Partagé entre le souci de limiter dans l’intérêt des approvisionnements le nombre croissant des travailleurs lourds et celui d’éviter les conflits dans les usines, le Contrôleur de la carte a une tâche difficile à remplir.

 

2. Communications.

 

Rien de particulier à signaler à ce sujet. Les mêmes craintes sont toujours émises sur le défaut de carburant qui entrave les transports et sur le défaut de goudron qui ne permet pas d’entretenir les routes et peut faire craindre leur détérioration si un remède n’est pas apporté à cet état de choses d’ici l’hiver prochain.

 

3. Destructions. Reconstruction.

 

De nouvelles destructions ont été opérées, notamment sur les côtes et en particulier dans la Manche et le Morbihan, par l’aviation anglaise. Un certain nombre de bombardements ont eu lieu également en Meurthe-et-Moselle, sans grands dégâts d’ailleurs.

Les travaux de reconstruction sont toujours paralysés par le manque de matériaux et tout spécialement de ciment. Le manque de baraquements continue également à être ressenti.

Certains espoirs ont été donnés aux sinistrés au sujet de la modification et de l’assouplissement des lois actuelles, relatives à la reconstruction, notamment par le Secrétaire d’État des Communications[13] lors de son dernier voyage dans le département de l’Oise. Il serait nécessaire, pour calmer des appréhensions et des réclamations de plus en plus vives, que ces assurances fussent rapidement suivies d’effet.

 

4. Industrie.

 

L’industrie ne fonctionne toujours qu’au ralenti par suite du manque de matières premières, de combustible, de lubrifiants et de la difficulté des transports.

Le Préfet des Vosges indique qu’au cours du mois de mai huit usines, occupant plus de 1 400 ouvriers, ont été obligées de fermer pour manque de matières premières et que, par suite du défaut de charbon, les industries textiles de son département risquent de se trouver paralysées. Dans certains départements, en particulier dans l’Aube et dans la Somme, de sérieux efforts sont faits pour pallier cet état de choses, en augmentant la production de la tourbe.

On signale toutefois une reprise assez sensible de la métallurgie dans le département du Doubs. En Saône-et-Loire l’industrie textile semble devoir recouvrer prochainement un peu de son activité, à la suite de l’homologation des nouveaux prix de vente. Dans le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais, la production est actuellement stationnaire : 93 000 tonnes de production nette journalière au mois d’avril contre 92 000 au mois de mars. Le rendement au fond est en baisse notable sur celui d’avril 1940 (1 021 kg contre 1 294). L’extraction nette, qui s’était élevée à 3 128 000 tonnes en avril 1940 s’est établie à 2 325 000 en avril 1941. Les stocks sont à peu près épuisés : 120 000 tonnes de houille en avril 1941 contre 195 000 au 31 mars.

La question des salaires demeure toujours aussi critique, en raison de la hausse constante du coût de la vie, et le relèvement des salaires anormalement bas, qui vient d’être décidé par le Gouvernement[14], n’apparaît en général que comme une mesure, intéressante sans doute, mais n’étant pas de nature à résoudre l’ensemble du problème.

 

5. Agriculture.

 

Les mauvaises conditions atmosphériques, la persistance du froid, les gelées qui se sont produites pendant la majeure partie du mois de mai n’ont pas été très favorables à la production agricole. Les prévisions sur l’importance de la récolte varient suivant les régions. Il semble qu’en général les emblavements aient été sensiblement égaux à ceux des années précédentes, parfois même supérieurs, grâce à un gros effort des agriculteurs. Dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme on peut espérer que le déficit de production de la betterave soit un peu moins considérable qu’on ne l’avait craint. Le Préfet de Lille signale l’augmentation de la quantité de ses réserves de blé.

Le manque de bras continue à faire sentir ses effets, et les cultivateurs manifestent à l’égard des travailleurs d’origine non agricole, et en particulier des chômeurs venus des villes, une défiance qui fait en plusieurs endroits assez mal augurer de la mise en train du système du service civique rural[15]. Un certain nombre de prisonniers, notamment des Nord-africains, ont été, dans plusieurs départements, mis par les autorités allemandes à la disposition des agriculteurs, mais ceux-ci ne paraissent pas éprouver une très vive prédilection pour cette main-d'œuvre. La disproportion des salaires agricoles et industriels continue à faire l’objet des préoccupations générales.

Le manque d’engrais et d’outillage est toujours aussi fâcheusement ressenti. Le problème de la nourriture des animaux demeure critique ; ainsi que celui de l’élévation constante de leur prix. La situation alimentaire du cheptel est grave en raison de l’absence de fourrage et on s’inquiète des maladies dues à la sous-alimentation du bétail. La pénurie de ficelles lieuses et des produits anti-parasitaires, notamment en ce qui concerne la lutte contre le doryphore continue à faire l’objet de sérieuses appréhensions.

Le Préfet de la Charente-Inférieure analysant la situation de la pêcherie dans sa région, indique que les apports du mois d’avril sont en diminution sensible sur ceux du mois de mars : 695 000 kg contre 930 000, cette diminution provenant essentiellement de la réduction considérable du contingent de gasoil alloué à la pêche et aussi, quoique dans une moindre mesure, des attaques par avions subies en mer par certains chalutiers (tirs de mitrailleuses et lancement de bombes) attaques qui n’ont heureusement causé ni accidents ni dégâts et au sujet desquelles l’autorité maritime allemande a ouvert une enquête.

Le Préfet du Doubs rappelle que la question de la mise en alpage des troupeaux soit en Suisse soit en zone libre, question rappelée dans un précédent rapport, n’a pas encore reçu de solution.

 

III. QUESTIONS FINANCIÈRES.

 

Aucun changement notable n’est à signaler à ce sujet. Le recouvrement des impôts continue à s’opérer d’une manière normale, les souscriptions à l’emprunt de conversion du Crédit National se sont poursuivies dans de bonnes conditions[16]. L’activité bancaire reste faible[17].

 

IV. QUESTIONS SOCIALES.

 

Le chômage continue à diminuer, surtout en ce qui concerne les chômeurs masculins. Dans la Meurthe-et-Moselle, il n’existe plus aucun chômeur, mais seulement 498 femmes chômeuses. Dans le Pas-de-Calais il n’y a plus que 10 chômeurs secourus et 505 femmes. Dans le Calvados, 1 945 contre 4 250 en mars.

La question des salaires demeure toujours aussi préoccupante. Comme il a été indiqué plus haut, les mesures qui viennent d’être prises au sujet du relèvement des salaires anormalement bas n’apparaissent en général que comme un palliatif insuffisant d’autant que l’absorption de la main-d'œuvre française par les autorités allemandes, qui pratiquent des taux plus élevés, ne cesse pas d’être inquiétante. Le Préfet de la Manche signale à ce sujet que les autorités locales d’occupation lui ont demandé de préparer un nouveau bordereau des salaires, qui serait applicable à la fois sur les chantiers allemands et sur les chantiers français. Le Préfet a fait observer qu’en tout état de cause, ce bordereau ne pourrait entrer en vigueur qu’après accord du Secrétaire d’État au Travail[18].

Le Préfet de Meurthe-et-Moselle mentionne à nouveau les nombreux exodes d’ouvriers spécialisés vers la Moselle et vers l’Allemagne. Ces ouvriers reviennent fréquemment en permission dans leurs familles et tentent de recruter d’anciens camarades pour repartir avec eux. Leur action, jusqu’ici, apparaît toutefois sans grand effet.

Une suggestion déjà indiquée dans le précédent rapport est reprise par certains Préfets, à savoir la suppression, en ce qui concerne les salaires ouvriers, de la contribution nationale extraordinaire, qui aboutirait en fait à une augmentation des salaires, sans cependant présenter les inconvénients qu’aurait un relèvement direct de ceux-ci.

La situation sanitaire reste en général satisfaisante. On enregistre néanmoins dans certains endroits, en particulier dans l’Oise, une baisse inquiétante du poids des enfants, due à la sous-alimentation.

L’action du Secours national et les services que rend cette institution continuent à être toujours extrêmement appréciés. Le Préfet de l’Aube signale toutefois que le remplacement du Délégué du Secours national dans son département paraîtrait opportun, l’actuel titulaire de ce poste, M. Lhermitte, homme d’ailleurs probe et dévoué, ne montrant aucune capacité administrative.

Les organismes de jeunesse semblent démarrer d’une manière en général satisfaisante. En certains endroits on remarque même un heureux changement dans l’état d’esprit des membres des chantiers de jeunesse par rapport aux contingents précédents.

La Légion n’étant toujours pas autorisée en zone occupée, seules les anciennes associations, qui ont reçu des autorités allemandes la permission de poursuivre leur activité, fonctionnent, mais au ralenti. On peut signaler que dans l’Orne, le Président de la Section départementale de l’U.N.M.R.A.C[19] a indiqué que M. Rivolet[20] (sic !), Secrétaire général de ce groupement, avait donné son adhésion au Rassemblement populaire en tant que simple citoyen et non en qualité d’ancien Ministre des Pensions et de Secrétaire général de l’U.N.M.R.A.C.

Il a ajouté qu’il regrettait personnellement la décision de M. Rivollet.

La Fête des Mères semble avoir remporté partout un très vif succès[21]. On a remarqué des gestes individuels touchants de la part de nombreux enfants et il semble que la propagande faite à ce sujet dans les écoles ait eu des résultats très heureux.

Par contre, la situation des femmes de prisonniers demeure toujours aussi critique et le relèvement de leur allocation est de plus en plus à l’ordre du jour. Le nombre des réfugiés reste stationnaire, si ce n’est dans certains départements côtiers où il a augmenté en raison des évacuations qui ont été provoquées par les bombardements britanniques.

Les jardins ouvriers continuent à connaître le même succès et leur utilité va se marquer efficacement d’une manière plus sensible encore au cours des semaines à venir.

Enfin, le Préfet du Pas-de-Calais signale les difficultés qu’il éprouve en ce qui concerne le placement des tuberculeux dans son département, le sanatorium départemental du Pas-de-Calais étant occupé, celui du Nord insuffisant et les placements en France occupée, celui du Nord insuffisant et les placements en France occupée ou libre extrêmement restreints en raison de la quasi-impossibilité du passage de la ligne de démarcation. Un isolement convenable des intéressés étant de plus en plus malaisé à réaliser, l’augmentation du nombre des tuberculeux est à craindre.

 

V. RAPPORTS AVEC LES AUTORITÉS D’OCCUPATION.

 

Ces rapports demeurent en général corrects. Les Préfets de la Somme et de l’Oise, en particulier, se félicitent de l’attitude du Feldkommandant, le colonel von Alberti, et le Préfet de Maine-et-Loire se loue de la compréhension dont fait preuve le Général Medicus[22], autrefois adjoint au Général Turner à Paris, actuellement adjoint au Commandant du Bezirk d’Angers. Le Préfet du Pas-de-Calais, de son côté, marque le désir des autorités allemandes de répondre favorablement, dans toute la mesure du possible, aux demandes qu’il présente. « Nous plaidons constamment et nous gagnons fréquemment, dit-il, les causes que nous défendons ». Le Préfet de Meurthe-et-Moselle signale que les rapports du Sous-Préfet de Briey indiquent que les relations avec les autorités allemandes de cet arrondissement sont devenues plus faciles, voire courtoises, et que lesdites autorités ont promis de ne plus jamais s’immiscer dans l’administration française.

Le Sous-Préfet d’Autun fait part des mêmes dispositions de la part notamment du Feldkommandant du Creusot qui a affirmé sa satisfaction de collaborer sincèrement et loyalement avec l’administration française. Diverses mesures de clémence ont pu être obtenues dans ce département pour de petites condamnations et notamment pour celle d’un prêtre qui avait été condamné à trois mois de prison pour propagande anti-allemande. Sur l’intervention personnelle du Sous-Préfet d’Autun, ce prêtre a été remis en liberté à condition que pendant les trois mois qu’il devait rester en prison il subisse une discipline particulière, qui lui a d’ailleurs été effectivement infligée par l’évêque d’Autun.

En regard de ces quelques résultats favorables, il y a malheureusement lieu d’évoquer encore des incidents pénibles et même parfois graves.

Plusieurs exécutions ont eu lieu au cours des mois d’avril et de mai, notamment dans le Doubs, où Marius V[23]., condamné à mort pour avoir blessé gravement deux soldats allemands alors qu’il tentait de passer clandestinement la ligne de démarcation, a été fusillé dans l’enceinte de la citadelle de Besançon, le 28 avril au matin ; dans le Morbihan, où M. L., marin pêcheur à Plouhinec, condamné à mort pour voies de fait sur un soldat allemand, a été fusillé le 22 mai au Polygone militaire de Vannes ; dans la Haute-Saône, où MM. M. et L., dont la condamnation à mort avait été signalée dans un précédent rapport, ont été fusillés le 14 mai, après avoir gardé jusqu’au dernier moment une attitude très courageuse.

Un certain nombre de morts ou de blessures sont également à enregistrer pendant la même période. À Herimoncourt (Doubs) M. L. a été tué par une patrouille allemande, le 5 avril à 22 h 15, au moment où, sortant de chez un voisin, il rentrait chez lui, après l’heure du couvre-feu. À Montbéliard, le 30 mars, M. B. a été assailli par deux soldats allemands sans aucune provocation et a reçu 10 blessures graves, dont une à la tête. Le même jour à Héricourt, M. F. a été attaqué, lui aussi et dans les mêmes conditions, par deux soldats allemands, frappé au visage, jeté à terre et assez gravement blessé. À Dreux, au début de mai, un jeune homme, dont le Préfet ne précise pas l’identité, a été abattu par une patrouille allemande. À Saint-Pierre des Corps (Indre et Loire), une sentinelle allemande a tué un jeune enfant et cet événement a causé dans la localité une naturelle effervescence.

Le 19 mai, à Inzinzac (Morbihan) une femme âgée de 64 ans a été violée puis assassinée par un militaire de l’organisation Todt. À Jussey (Hte-Saône), à la fin d’avril, un jeune ouvrier de 27 ans M. K., a été tué à coups de revolver, dans la rue, sans aucun motif, par un sous-officier allemand en état d’ébriété, qui a d’ailleurs été arrêté par la gendarmerie et incarcéré à la prison de Vesoul.

Des arrestations sont de même à mentionner, en particulier dans la Charente-Inférieure où un nommé Bourgoin (Roger) dont les parents habitent Saintes, a été inculpé pour avoir craché à la face d’un militaire allemand ; dans le Maine-et-Loire, où M. de K., Professeur à la Faculté catholique, a été mis en état d’arrestation sous l’inculpation d’avoir usé à l’égard de l’armée d’occupation d’un terme injurieux, et dans le Nord, où le 21 mai dernier à la suite d’une perquisition effectuée à son domicile par la Feldgendarmerie allemande, M. Lebas[24], ancien Ministre du Travail, député, Président du Conseil général du Nord et ancien Maire de Roubaix, a été incarcéré dans une caserne de Lille sans qu’aucun renseignement ait été donné et que rien ne permette de présumer les intentions des autorités d’occupation à son égard.

Dans le même département, le 15 mai, M. C., Receveur municipal de Croix, a été mis en état d’arrestation par la Feldgendarmerie à la suite d’une plainte formulée par une unité allemande cantonnée à Croix, et dirigé sur Chalons-sur-Marne, en voiture automobile, sous la conduite de gendarmes allemands.

Des pillages ont eu lieu dans la Manche et dans le Calvados, spécialement dans la région de Lisieux et de Bayeux. De nombreuses perquisitions sont opérées dans cette région et les arrestations, résultat de dénonciations anonymes, se multiplient. Les maisons d’arrêt sont surpeuplées de détenus français.

Des réquisitions de personnes sont une fois de plus opérées dans la Manche, où les populations sont astreintes à garder des points sensibles et des terrains d’aviation[25]. À Hennebon (Morbihan), des autorités de la Kreiskommandantur ont réquisitionné au début de mai un terrain maraîcher d’une superficie de 10 ha sur lequel elles ont entrepris des constructions de baraques, malgré les observations pressantes du Maire. Le Préfet a aussitôt protesté et fait valoir la proximité de landes incultes propres à l’établissement de telles constructions. Il lui a été répondu que l’avancement des travaux était tel qu’il était impossible de lever la réquisition. Il résulte de celle-ci un préjudice sérieux pour le ravitaillement de la région, ce terrain étant richement productif de légumes divers. Un cas analogue se produit dans les communes de Ploemeur, Hueven et Guidec où les autorités allemandes ont pris possession de terrains d’une superficie d’environ 400 ha devant former le camp d’aviation de Lann-Behoué, dépossédant ainsi de nombreux cultivateurs de leurs terrains, de leurs récoltes et les obligeant à évacuer leurs habitations.

Le Préfet de Seine-et-Marne revient sur les réquisitions très importantes effectuées au cours du mois de mai pour l’aménagement de châteaux et villas destinés au logement des États-majors ou des officiers allemands. Ces fournitures portent surtout sur des meubles, des tapis, de l’argenterie et même des plantes décoratives. Pour la seule installation du foyer du soldat à Melun, les dépenses dépasseront 500 000,00 F ; on y voit figurer la fourniture d’un comptoir-bar à glacière et d’une caisse enregistreuse électrique. Le Préfet de la Sarthe rappelle, de son côté que trop souvent et malgré l’insistance des Maires, les habitants ne peuvent obtenir la remise de bons de réquisition.

Les immixtions de l’autorité d’occupation dans l’administration ou l’économie française n’ont pas cessé. Les Préfets du Nord et Pas-de-Calais, notamment, signalent qu’au cours du mois de mai, l’Oberfeldkommandant de Lille a fait opposition à la mise en vigueur dans son département de 56 lois, décrets, arrêtés ou décisions principalement d’ordre économique[26]. On doit relater en particulier l’interdiction rétroactive de l’application de l’arrêté du 23 novembre 1940[27] confiant à l’administration de l’Enregistrement la gestion et la liquidation des biens mis sous séquestre par mesure de sûreté générale, ce qui entraîne une situation particulièrement confuse. Le Préfet du Calvados fait savoir que la Kreiskommandantur de Bayeux a demandé au Sous-Préfet un rapport mensuel sur l’activité de la police, de la gendarmerie, le mouvement communiste et le mouvement gaulliste dans son arrondissement. Le Préfet de la Meuse indique que la Kreiskommandantur de Bar-le-Duc a demandé la liste des personnes résidant dans les communes de cet arrondissement ayant franchi la ligne de démarcation après le 1er novembre 1940.

Dans la Charente-Inférieure, la Feldkommandantur a fait connaître au Préfet que les autorités allemandes de Paris estimaient qu’une incompatibilité existait entre les fonctions actuelles du Maire de Rochefort, M. G., et ses fonctions antérieures d’officier de marine ayant commandé dans la Place même. Le Commandant G. a offert spontanément sa démission. Le Kreiskommandant de Rochefort a tenu à le recevoir et à lui dire qu’il exécutait un ordre supérieur, mais que sa personnalité était hors de cause et que cette décision n’atteignait nullement M. G. dans son honneur d’officier et de Maire. Dans le Morbihan, M. Cadic, député, a, par ordonnance du Commandant militaire en France, notifié le 29 mai 1941, été relevé de ses fonctions de Maire de Noyal-Pontivy pour avoir tenté de faire passer des correspondances et des fonds de zone occupée en zone libre.

Par ailleurs, le Directeur de l’Enregistrement des Vosges signale la tendance de plus en plus nette des autorités d’occupation à s’approprier les revenus du domaine militaire, entendu dans le sens général de toutes installations ayant dépendu de l’armée française, tels que jardins potagers autour des casernes, terrains d’aviation, etc. L’autorité militaire allemande se fait remettre le produit de l’exploitation et des locations.

Des essais de recrutement de main-d'œuvre ont été pratiqués dans le Nord, où l’embauchage d’ouvriers à destination d’Allemagne se poursuit ; les services du Travail allemand procèdent à une large publicité pour déterminer l’engagement des volontaires[28]. Il semble toutefois que le recrutement de force ait bien été abandonné. Mais, depuis le début du mois, l’administration occupante a imposé des mesures qui ont pour but de permettre un futur recrutement d’ouvriers pour l’Allemagne. Il s’agit, de façon générale, de porter la durée du travail maximum prévue par les textes en vigueur, c’est-à-dire 40 heures pour l’ensemble des établissements, à 48 heures pour les industries du bâtiment et des métaux, ce qui aurait pour contrepartie de rendre disponible un important contingent de main-d'œuvre[29]. L’administration occupante s’est adressée directement à certains chefs d’établissement, en leur enjoignant de libérer une partie déterminée de leurs effectifs et d’établir une liste de la main-d'œuvre utilisable. À cet ordre, la Chambre syndicale de Lille a répondu qu’il lui semblait impossible de faire désigner par les industriels eux-mêmes les ouvriers à libérer[30]. Au cours d’une récente réunion l’administration allemande a fait connaître sa décision qui est la suivante : « L’ordre du général en chef des troupes d’occupation à Bruxelles doit être exécuté[31]. Toutefois, on ne demandera pas le licenciement des ouvriers en surnombre, mais seulement leur mise à disposition des autorités chargées du recrutement, afin que celles-ci puissent enrôler parmi eux des volontaires ».

En aucun cas ces ouvriers ne seront obligatoirement tenus de s’expatrier. En ce qui concerne la désignation des ouvriers à libérer, l’autorité allemande accepte que les patrons eux-mêmes recherchent les volontaires et les adressent au Commissaire recruteur, à condition que ce nombre de volontaires soit au moins égal à 40 % du nombre d’ouvriers primitivement « demandé ».

À Dives (Calvados) un essai de recrutement a également été effectué le 23 mai : 31 personnes, des femmes pour la plupart, ont été convoquées par un officier de la Feldkommandantur. Elles devaient être invitées à aller travailler en Allemagne : 5 personnes se sont présentées, 4 Polonais et 1 Russe.

Des cas analogues sont signalés en Seine-et-Marne et en Saône-et-Loire.

Dans un autre ordre d’idées, le Préfet de l’Allier se plaint de l’attitude un peu trop intransigeante de certains douaniers qui, à la ligne de démarcation, font pratiquer des fouilles extrêmement minutieuses sur les voyageurs.

On doit par ailleurs signaler certaines tentatives de collaboration d’ordre intellectuel, en particulier la création à Besançon d’un Institut de langue allemande dont le but est de contribuer au développement des rapports culturels entre la France et l’Allemagne. Cet Institut sera rattaché à celui de Paris. Dans le même ordre d’idées, le Préfet de l’Aube signale que le 10 mai tout le personnel enseignant des cantons d’Arcis-sur-Aube, de Piney et de Ramerupt a été convoqué au chef-lieu de Canton pour entendre une conférence sur la collaboration franco-allemande faite par un officier allemand.

Un certain nombre d’incidents divers sont enfin à signaler. À Sochaux (Doubs), le 4 avril, lors du passage d’une unité allemande, en groupe d’ouvriers stationnant devant l’usine a insulté les soldats qui défilaient sur la route. Une bagarre s’en est suivie et plusieurs ouvriers ont été frappés. L’officier commandant l’unité a fait savoir qu’à la prochaine manifestation vis-à-vis de troupes d’occupation, il ferait tirer sur les auteurs de celle-ci et qu’il donnait des ordres en conséquence à ses hommes. L’affaire n’a toutefois pas eu de suites directes. Dans la Nièvre, à Chateau-Chinon, le 20 mai, à l’occasion d’un exercice exécuté par l’unité cantonnée dans cette localité, des paroles désobligeantes auraient été adressées par la population à « des Françaises aimables envers les Allemands » et des propos injurieux auraient été tenus à l’égard de l’armée allemande. Le Kreiskommandant a alors pris les mesures suivantes :

I°) les stationnements de jeunes gens devant les cafés seront punis par lui ;

2°) si des Françaises aimables avec les Allemands sont de nouveau insultées, des arrestations seront opérées et les sports seront supprimés.

En Seine-et-Oise, les autorités allemandes ont procédé à la démolition d’une chapelle située sur la route nationale 15, entre Cormeilles en Vexin et Jenicourt. Cette chapelle avait une valeur toute spéciale pour la population locale, qui y venait en pèlerinage tous les ans, le lundi de la Pentecôte, pour la bénédiction des voitures. Sa démolition, qui a causé un certain malaise dans la population du Vexin, a été faite parce qu’aucune construction ne doit subsister à cet endroit et qu’elle avait 4 m 50 de hauteur.

Le Feldkommandant d’Amiens a informé le Préfet de la Somme que la population française était désormais autorisée à danser et qu’il appartenait au Préfet de fixer dans quelles conditions des bals pourraient être organisés. Le Préfet a répondu qu’il lui paraissait inopportun d’autoriser la danse dans les lieux publics, en un département où les tombes françaises et allemandes sont nombreuses et où les ruines sont immenses. Le Feldkommandant a immédiatement admis le bien-fondé de cette thèse.

Dans le même département à Vron, le 13 avril à 3 heures du matin, des soldats ont lancé des briques pendant trois quarts d’heure sur l’immeuble occupé par le percepteur. Les dégâts ont été évalués à 2 500,00 F.

À Saint-Dié (Vosges) à l’issue d’une audience du tribunal, au cours de laquelle 17 militants communistes avaient été condamnés[32], un gendarme allemand a frappé sans motif, devant le public et les condamnés, un inspecteur de police spéciale français. Le Feldkommandantur a exprimé ses regrets de cet incident et a donné l’assurance qu’une peine sévère serait prononcée contre le gendarme.

Dans plusieurs endroits, des sanctions d’ordre collectif ont d’autre part été prononcées par les autorités allemandes, à la suite notamment de ruptures de câbles ou de dégradations causées à des installations de l’armée d’occupation.

À la suite des incidents qui ont eu lieu à Lille, le II mai, à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, et sur laquelle des indications ont déjà été données par la Délégation, le retrait obligatoire des postes de T.S.F. a été prononcé pour 10 communes de l’arrondissement de Lille, notamment pour les villes de Lille, Loos, Hellemes, Marez en Barceul, Mons en Barceul, la Madelaine et Lomme. Les opérations de retrait ont amené le dépôt d’environ 30 000 appareils dont 26 000 pour la ville de Lille. À Lambersart, dans la soirée du dimanche 4 mai, un sous-officier allemand a été gravement blessé d’un coup de feu ; la ville a été condamnée à une amende de 500 000 francs, payable par l’ensemble des habitants proportionnellement aux ressources de chacun. Enfin, on doit insister une fois de plus sur l’influence déprimante qu’exerce en zone interdite l’action de l’Ostland. Cette société prend en charge non seulement les terres abandonnées, mais aussi celles qu’elle-même juge mal cultivées, en se substituant dans ce dernier cas aux propriétaires présents. Elle ne manque pas en fait de s’implanter sur les meilleurs fonds et n’aura ainsi pas de peine à démontrer qu’elle obtient un rendement supérieur à celui des paysans, refoulés sur les portions médiocres qui leur sont laissées. Pour se constituer de vastes domaines d’un seul tenant, elle n’hésite pas à s’emparer de pâtures clôturées et des champs remis en état. Elle pratique une culture mécanique intensive qui ne tient aucun compte des usages et des assolement locaux, bouleverse les patrimoines, procède à des remembrements forcés, défonce les terres déjà ensemencées, coupe les récoltes en vert, arrache les arbres fruitiers, déracine les prairies naturelles ou artificielles, agissant en somme comme un fermier sortant qui ne craint pas d’épuiser et de ruiner le sol. On imagine la détresse et la consternation des agriculteurs réduits à travailler comme ouvriers sut leur propre bien et qui voient chaque jour s’abîmer leur héritage. L’action de l’Ostland entretient par ailleurs les plus grandes inquiétudes sur le sort futur de ces régions, où la crainte de l’annexion est ressentie d’une manière très vive et très générale.

 

VI. MORAL.

 

La propagande communiste a connu une certaine recrudescence, notamment à l’occasion du 1er mai. Elle trouve toujours un terrain particulièrement favorable dans le mécontentement né de l’insuffisance du ravitaillement, des restrictions alimentaires, du contrôle administratif, de la mauvaise organisation de certains bureaux de répartition et groupements corporatifs.

Les événements les plus graves ont été les grèves du Nord et du Pas-de-Calais qui, déjà commencées à Anzin, Denain et Douchy pendant quelques jours du mois d’avril, ont pris une ampleur considérable au cours du mois de juin. Les 4/5ème des mineurs de la région Nord-Pas de-Calais se sont mis en grève à la suite d’une intense propagande communiste et de la distribution de tracts évoquant les difficultés du ravitaillement, l’insuffisance des salaires et « la nécessité de se révolter contre le Gouvernement de Vichy et l’esclavage allemand »[33]. Des sanctions sévères ont été prises par les autorités allemandes[34]. Onze mineurs ont été condamnés à 5 ans de travaux forcés et deux femmes, l’une à 3 ans et l’autre à 2 ans et demi de la même peine. D’autre part, l’autorité occupante a prononcé la fermeture de tous les théâtres et des cinémas, la suppression des suppléments d’alimentation accordés aux travailleurs lourds ayant fait grève, l’interdiction aux femmes de sortir de leur domicile une demi-heure avant et après l’entrée ou la sortie des postes de relève dans les mines. Ces mesures rigoureuses ayant produit leur effet, les grèves ont aujourd’hui pris fin. L’administration allemande a fait connaître au Préfet qu’elle ne reculerait devant rien pour les mater à l’avenir. Si de nouvelles répressions devaient intervenir, il serait à craindre que l’ensemble de la population minière, déjà aigrie et fourvoyée par l’agitation communiste, n’englobe dans un même sentiment de haine et l’autorité allemande et l’autorité française.

L’activité de la propagande gaulliste, qui a baissé dans quelques endroits, notamment dans la Charente, et dont l’influence a été contrecarrée par les succès militaires allemands dans les Balkans et en Crète, continue néanmoins à faire sentir très sérieusement son influence et se trouve même en recrudescence dans certaines régions, en particulier dans le Nord, la Bretagne et certains départements ruraux de l’Ouest, comme l’Orne, la Mayenne et la Sarthe.

Si l’idée de collaboration progresse dans certains milieux, en particulier dans certains cercles industriels ou de la haute bourgeoisie, elle gagne peu dans la masse de la population. Celle-ci en attend les résultats tangibles. Elle estime ceux qu’on annonce insuffisants et craint en même temps d’avoir à les payer trop cher. Il serait nécessaire que le Gouvernement donnât à ce sujet, chaque fois que cela lui sera possible, des explications plus nombreuses et plus explicites, pour couper court aux rumeurs extrêmement hasardeuses qui sont répandues. Il est d’ailleurs à signaler à ce sujet que les émissions de T.S.F. françaises sont mal entendues dans une grande partie de la zone occupée, ce qui facilite grandement la tâche de la radio anglaise.

La politique extérieure du Gouvernement est donc loin d’être accueillie sans réserves. Elle est souvent et vigoureusement combattue. Et il ne servirait de rien de le dissimuler, le Maréchal lui-même, dont le prestige était jusqu’à présent incontesté, voit parfois sa popularité diminuer, en raison de son adhésion publiquement donnée à cette politique. À Lorient, une manifestation comprenant plusieurs centaines d’ouvriers de l’Arsenal et autres, et au cours de laquelle son portrait devait être déchiré devant le monument aux morts, a été évitée de justesse. L’attitude plus réticente de la population est signalée, notamment dans le Calvados, la Nièvre, le Pas-de-Calais. Cet état d’esprit est heureusement loin d’être partout répandu, et, en général, la personne du Chef de l’État demeure profondément respectée. Le pays, dans son ensemble, continue à voir en lui le symbole et le garant du maintien de l’unité française.

 


[1] Les comités d’organisation (CO) étaient nés en août 1940 dans une économie désorganisée par la défaite, la séparation en différentes zones et les prélèvements opérés par la puissance allemande. Placés entre les mains de dirigeants patronaux, pour la plupart chefs de grandes entreprises, ils regroupaient les entreprises relevant d’une même branche et étaient chargés de gérer la pénurie, de recenser les moyens de production disponibles et d’opérer la répartition des matières premières. Leur rôle était de réorganiser l’économie en lui donnant des cadres et une discipline, mais aussi en la rationalisant et en la modernisant.

[2] Dans un souci de rationalisation, le gouvernement Poincaré avait, par décret du 10 septembre 1926, supprimé 110 sous-préfectures ainsi que les arrondissements correspondants et 70 emplois de secrétaires généraux. La décentralisation et la déconcentration avaient été amorcées par une loi du 5 novembre 1926 qui avait accru les pouvoirs des conseils généraux et des conseils municipaux et donné de nouvelles attributions financières aux préfets.

[3] En particulier les victimes de la guerre : réfugiés, femmes de prisonniers et sinistrés de guerre.

[4] Ce paragraphe est rayé et l’on trouve, en annotation dans la marge, la mention « question réglée ».

[5] Cette ration était initialement de 360 grammes par semaine. Elle fut fixée, en mars 1941, à 250 grammes.

[6] Liés à la carte individuelle d’alimentation, les tickets de consommation concernaient les denrées achetées au jour le jour (pain), ou à la semaine (viande). Le consommateur, informé par la presse, échangeait, à la mairie, l’un des dix coupons que comportait la feuille semestrielle ou trimestrielle de sa carte d’alimentation (n° 1 : pain ; n° 7 : matières grasses, etc.) contre des tickets de consommation dont le total correspondait à la ration allouée pour le mois, celle-ci étant exprimée soit en grammes, soit en lettres.

[7] Les disparités, repérées et soulignées depuis le printemps de 1941 par le Comité Économique interministériel (CEI), étaient considérables selon les régions, les départements, les zones, les espaces urbains et ruraux et les produits eux-mêmes. L’arrêté du 15 juin 1941 modula ensuite le rationnement selon les catégories de consommateurs, non seulement en fonction de l’âge et de la profession, mais aussi selon le lieu de résidence (rural, urbain, etc.).

[8] La taxation se fondait sur l’idée que la plus grande part du prix payé par le consommateur devait revenir au producteur, l’intermédiaire ne pouvant jouer un rôle utile que si le produit existe. Elle impliquait une surveillance étroite – largement déjouée par le marché noir – des prix qui pouvaient avoir une répercussion directe sur le coût de la vie, c’est-à-dire sur le budget des ménages (et tout particulièrement des ménages ouvriers qui consacraient l’essentiel de leurs revenus à l’alimentation, aux vêtements et aux chaussures). Aussi les taxations furent-elles complétées par de nombreux procédés : rationnement, interdiction de consommation, suppression des droits de douane, subvention et prise en charge par l’État de frais supplémentaires.

[9] Au début de mars 1941, le ministre des Finances Yves Bouthillier avait confirmé le blocage des prix avec dérogations possibles. Ces dérogations seront surtout accordées pour les prix agricoles.

[10] Une loi du 31 juillet 1940 disposait que le pain ne pouvait être consommé frais, sa vente n’étant autorisée que 24 heures après sa sortie du four. Par cette mesure, les pouvoirs publics entendaient réduire la consommation familiale.

[11] À titre d’exemple, les prélèvements allemands de viande atteignaient quelque 170 000 tonnes sur une production française totale évaluée à 850 000 tonnes.

[12] Le blocage des prix, décrété le 9 septembre 1939, fut confirmé par la Charte des prix du 21 octobre et les organismes de surveillance des prix qui étaient jusque-là consultatifs eurent désormais des pouvoirs de décision. Les préfets avaient été invités dès septembre 1939 à désigner des contrôleurs des prix, mais ces derniers, recrutés parmi des anciens employés des régies financières, ne furent définitivement installés qu’en décembre 1940, suivant une organisation classique (service central et services départementaux). Les sanctions à l’égard des contrevenants étaient particulièrement lourdes. Une loi du 21 mars 1941 avait créé une cour criminelle spéciale qui put appliquer toutes les peines du code pénal, y compris les trava

ux forcés et la mort. Des sanctions administratives s’y ajoutaient : fermeture temporaire de l’établissement, interdiction d’exercer la profession, internement administratif.

[13] Jean Berthelot (1897-1985). Secrétaire d’État aux Communications du 6 septembre 1940 au 18 avril 1942. Polytechnicien, ingénieur des mines, il avait fait avant-guerre une carrière d’ingénieur dans les chemins de fer. Dès son entrée au gouvernement, il s’attela à la reconstruction du réseau des transports dévasté. Maintenu en fonction après l’arrestation de Laval, il collabora à un projet d’unification et de planification de l’économie européenne et présenta, en mai 1941, un plan de construction de routes et de voies ferrées européennes. Il s’opposa à plusieurs reprises aux exigences allemandes visant à réquisitionner des établissements ferroviaires et à détacher en Allemagne des chauffeurs de locomotives et des ouvriers, et réalisa en 1942 l’unification des transports parisiens. Redevenu, au retour de Laval, directeur général adjoint de la SNCF, il conserva des relations avec les autorités de Vichy. Traduit devant la Haute Cour de justice, il fut condamné, en juillet 1946, à deux ans de prison et à dix ans d’indignité nationale, mais la Cour reconnut qu’il avait facilité l’action de la Résistance en donnant des renseignements importants sur les services ferroviaires.

[14] L’augmentation du coût de la vie était telle qu’il fallut, dès le printemps 1941, écorner le principe de la compression des salaires sous-jacent à une politique du « franc lourd » dans la perspective de négociations « globales » avec l’occupant. La loi du 29 mars 1941 créa le « sursalaire familial » au moyen d’une allocation de salaire unique, dont le taux variait en fonction du nombre des enfants (revalorisation inférieure à 10 %). Une augmentation d’environ 10 % fut ensuite accordée par la loi du 23 mai 1941 aux seuls assujettis aux assurances sociales (dont les gains n’excédaient pas 30 000 francs par an). À la fin du mois de mai, René Belin adressa une circulaire aux préfets et aux inspecteurs du travail afin d’envisager le relèvement des « salaires anormalement bas ». Les hausses oscilleront entre 5 et 15 % (pour les cas de dénuement extrême).

[15] Imposé par les Allemands, le service civique rural avait été institué par une loi du 10 mars 1941 qui fut complétée par plusieurs lois d’orientation autoritaire de la main-d’œuvre vers l’agriculture : lois d’interdiction de l’emploi de la main-d’œuvre agricole sur les chantiers non agricoles du 9 mars 1941 et du 31 décembre 1941 portant réquisition de main-d’œuvre pour les exploitations agricoles.

[16] Deux importantes opérations financières furent réalisées en 1941 : pour les emprunts du Crédit national (mai 1941) et pour ceux de la SNCF (juin 1941). Une nouvelle conversion, portant sur une masse d’emprunts d’environ 16 milliards de francs, fut effectuée dans le but de réduire la charge des intérêts, tout en consolidant une partie de la dette publique.

[17] La corporation bancaire fut organisée par la loi du 13 juin 1941 qui prévoyait une association professionnelle unique regroupant tous les établissements bancaires et créait un Comité d’organisation. Tous les organismes de la profession étaient placés sous la surveillance d’un Comité de contrôle, composé du Directeur du Trésor, du Gouverneur de la Banque de France et du Président du Comité. Un Commissaire du Gouvernement était chargé d’orienter la politique du crédit privé dans un sens conforme aux orientations générales du ministère de l’Économie et des Finances.

[18] René Belin (1898-1977). Syndicaliste et homme politique français, il représentait à la fin des années 1930 le courant ultra-pacifiste et munichois de l’aile droite de la CGT. Il fut le principal artisan de l’exclusion des communistes de la CGT après la signature du pacte germano-soviétique (23 août 1939). Nommé ministre secrétaire d’État à la Production industrielle et au Travail jusqu’en février 1941, il tenta d’organiser, par catégories professionnelles, des comités paritaires patrons-ouvriers. Souhaitant faire d’un syndicalisme unique et contrôlé par l’État la base du système des relations sociales, il signa, le 9 novembre 1940, le décret portant dissolution des confédérations syndicales, ouvrières et patronales. C’est sous son autorité que fut adoptée, le 4 octobre 1941, la Charte du travail créant des syndicats locaux obligatoires et interdisant aux fédérations professionnelles « toute activité politique ou confessionnelle » ; le droit de grève fut interdit, et le patronat retrouva le privilège de fixer seul les conditions de travail et de salaire. De nombreuses réformes furent menées sous son ministère : Fonds national de chômage ; création d’une allocation de salaire unique ; réorganisation et renforcement de l’Inspection du travail ; création de l’Inspection médicale du travail et de la médecine du travail, institution des comités de sécurité. Il devint, après son départ du gouvernement, président-directeur de la Caisse de prévoyance des employés des usines d’énergie électrique et de gaz. Après la Libération, il fut révoqué de la fonction publique par la commission d’épuration des PTT et exclu à vie de la CGT. Réfugié en Suisse, il rentra en France en janvier 1949, la Haute Cour de justice ayant rendu un non-lieu en sa faveur.

[19] UNMRAC : Union nationale des militaires, des réformés et des anciens combattants.

[20] Georges Rivollet (1888-1974). Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, médaillé et titulaire de la croix de guerre, il fut élu secrétaire général de la Confédération nationale des anciens combattants et victimes de guerre. Il fut ministre des Pensions en 1934-1935 (second cabinet Doumergue et gouvernement Flandin).

[21] L’institution de la fête des mères étendit à toutes les familles la journée nationale des mères de familles nombreuses que la Troisième République avait instituée en 1926. Elle s’inscrivait dans une politique nataliste et familiale, empreinte de moralisme, dont le véritable essor date de 1938 (décret-loi du 12 novembre 1938 qui donne leur autonomie aux allocations familiales) et des travaux du Haut Comité de la Population, créé en 1939, qui avaient abouti à la création d’un Code de la famille et d’un ministère de la Famille française confié au sénateur Georges Pernot.

[22] Dr Franz Albrecht Medicus (né en 1890). Directeur au ministère de l’Intérieur du Reich.

[23] Les noms de personnes de cette partie ont été anonymisés par nos soins.

[24] Jean-Baptiste Lebas (1878-1944). Maire de Roubaix depuis 1912, député du Nord depuis 1919, il fut nommé ministre du Travail dans le gouvernement de Front populaire dirigé par Léon Blum (4 juin 1936-21 juin 1937), puis ministre des PTT. Démis par Vichy de ses fonctions de maire, il fait paraître dès l'automne 1940 un journal clandestin, "L'Homme Libre". Arrêté en mai 1941, il est condamné l'année suivante par un conseil de guerre allemand à trois ans et demi de travaux forcés. Déporté au camp de Sonnenburg en avril suivant, il y mourut le 10 mars 1944.

[25] La Direction des Services de l’Armistice devait s’élever contre ces réquisitions « à caractère militaire », contraires aux principes de la Convention internationale de La Haye de 1907.

[26] Exemple qui illustre à nouveau l’étroitesse de la marge de manœuvre dont disposaient les préfets en zone interdite exposés plus qu’ailleurs aux exigences de l’occupant et notamment aux réquisitions de matériel, de denrées alimentaires et de main-d'œuvre.

[27] J. O. du 30 novembre 1941. Cet arrêté se référait notamment au décret-loi du 26 septembre 1939 portant dissolution des organisations communistes, au décret du 29 novembre 1939 réglant la dévolution des biens appartenant au PCF et à l’arrêté du 30 novembre 1939 précisant les conditions d’administration et de liquidation des biens des organismes communistes dissous.

[28] Rapport DSA : « Remplacement des ouvriers jeunes par de plus âgés, obligation pour les entreprises de reprendre « leur pleine activité au moyen du travail plein », afin de libérer le maximum de main-d’œuvre, communication des listes nominatives du personnel, prospection à l’usine même, convocations dans les bureaux d’enrôlement : tous les moyens sont bons aux recruteurs du Reich. La qualité de volontaire elle-même disparaît dans la définition qu’en a donnée le commissaire recruteur Borowski au Préfet du Nord : « un volontaire est un travailleur qui jouira de la liberté en Allemagne par opposition aux prisonniers incarcérés dans des camps de concentration ».

[29] L’allongement de la durée du travail et la fermeture d’usines ou de chantiers, deux mesures destinées à « libérer » de la main-d'œuvre pour les chantiers allemands en France ou à destination de l’Allemagne ne deviendront effectives en zone occupée qu’à partir de février 1942 : ordonnance allemande du 25 février prévoyant la possibilité de fermer des établissements et des entreprises économiques et ordonnance du 22 avril permettant à l’Occupant d’imposer, dans tous les établissements, une durée minimale du travail. Elles seront, à partir de mai 1942, complétées du côté français par des mesures de concentration industrielle (en zone occupée et en zone libre), dont Jean Bichelonne faisait un préalable à l’augmentation de la durée effective du travail.

[30] Argument souvent invoqué par Jacques Barnaud dans ses négociations avec les autorités du MBF sur la question des prélèvements de main-d'œuvre au titre des réquisitions ou des départs pour l’Allemagne.

[31] Dès juillet 1940, le commandement de Bruxelles dont relevait la zone interdite avait averti les préfets du Nord et du Pas-de-Calais qu’il avait compétence pour décider de l’application des lois et réglementations françaises. Aussi bien des ordonnances contraires à la législation française pouvaient-elles y être promulguées.

[32] À l'égard des communistes, l’administration du régime de Vichy se montra, avant le 22 juin 1941, plus répressive que l’administration allemande qui se préoccupait avant tout de remettre sur pied l’économie française : 4 000 à 5 000 communistes ou présumés tels, dont 2 411 dans le seul ressort de la préfecture de la Seine, furent arrêtés ou internés avant l’entrée des troupes allemandes sur le territoire soviétique. Très répandu en zone sud, l’internement administratif fut interdit par le MBF en zone nord jusqu’en octobre 1940 et jusqu’à l’été 1941 dans le Nord-Pas-de-Calais. La répression s’appuyait sur une loi du 3 septembre 1940 qui prévoyait l’arrestation sanctionnant des affaires en cours et l’internement administratif visant non pas l’acte mais l’intention présumée. Une nouvelle étape fut franchie au cours de l’été 1941 avec la réorganisation de l’appareil policier par Darlan et Pucheu. Des mesures visant à étatiser et à centraliser les polices urbaines qui relevaient jusque-là de l’autorité des maires furent prises : la direction de toutes les forces de police fut alors confiée aux nouveaux préfets régionaux et aux intendants de police qui leur furent adjoints (loi du 19 avril 1941), tandis que la gendarmerie mobile, interdite en zone occupée, était remplacée par des Groupes mobiles de réserve (GMR). Après l’été, des services spécialisés seront constitués au sein de la police nationale : Service de police anticommuniste (SPAC) confié à Charles Detmar qui comportera une centaine « d’inspecteurs » issus du PPF ; Service de police des Sociétés Secrètes (SSS), confié à Bernard Faÿ et Jean Marquès-Rivière, qui dépendra de l’amiral Platon et sera composé de militants d’extrême droite et de quelques policiers détachés ; Police aux questions juives (PQJ), créée par un arrêté – non publié au J.O. - du 19 octobre 1941, qui sera dirigée à partir du 24 octobre 1941 par le colonel Durieux.

[33]La dimension politique de cette grève est controversée. Le PCF soutiendra à la Libération que la grève fut patriotique et sociale, ce qui paraît plausible dans une région où l’anglophilie et la germanophobie étaient solidement ancrées dans les consciences depuis la Première Guerre mondiale. Aucun des journaux clandestins de l’époque ne fait pourtant référence à son caractère politique. La Vie ouvrière, publié au lendemain de la grève, écrit : « L’exploitant… comprendra que ceux qui travaillent ont le droit de manger ».

[34] Selon d’autres estimations, 450 personnes furent arrêtées et, parmi elles, 244 furent déportées en Allemagne.